.dpi est un média alternatif et un espace de création engagé, favorisant les échanges au sujet des femmes et des technologies.

1996 :: Sophie Le-Phat Ho

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J’essayais de me souvenir de cette année-là – le contexte dans lequel le Studio XX a été créé (bien qu’il a été fondé en 1995, et seulement incorporé en 96, mais cela complique trop les choses puisque nous célébrons, cette année, son 10e anniversaire). Alors j’ai fait une recherche sur Wikipedia (l’encyclopédie “libre”). Je dois avouer que j’ai été surprise du ton (un peu trop?) familier de 1996… La science était déjà une superstar des médias de masse : c’était l’année de la naissance de Dolly la brebis (1996-2003) et la période où la Grande-Bretagne découvrait un souche humaine à la maladie de la vache folle. Politique : les États-Unis essayaient de convaincre l’ONU de désarmer l’Irak; la première réunion de la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques) avait lieu; Arafat avait été réélu à la tête de l’Autorité palestinienne, Netannyahou, pour Israël; le génocide du Rwanda. Sans oublier qu’en 1996, Pokemon devient un phénomène et le rappeur Tupac Shakur meurt.

Tout cela m’a laissé avec une impression que les choses n’ont pas tant changé en 2006 – forcément elles ont changé, mais pas vraiment. Ensuite, je me suis dit que j’étais peut-être en train de m’infliger une énigme sans solution puisque, de toute façon, le temps reste avec nous. Nous n’avons pas le choix de regarder en arrière avec les yeux d’aujourdhui – le passé revient, car il est l’élément de base du présent. Cela dit, nous sommes prises d’une certaine manière dans un retour contenu à la case départ. Studio XX en tant qu’idée – celle de créer un espace pour les femmes et les technologies – demeura toujours aussi une question, de sa pertinence – comme une éponge dans l’eau qui refait surface continuellement lorsqu’on la pousse.

Définitivement, ce présent numéro de .dpi se veut comme un début de tentative d’articuler ce retour constant. Il débute bien évidemment avec la genèse alors que Kathy Kennedy, co-fondatrice du Studio XX, nous guide généreusement à travers le parcours fascinant des débuts. Le numéro comprend aussi les transcriptions d’une entrevue de groupe avec les braves dames des centres d’artistes femmes de Montréal, situant ainsi le Studio dans un plus grand contexte, mais surtout, comme faisant partie dune communauté. Nous proposons aussi de redécouvrir quelques discours cyberféministes développés au Studio, à partir d’un Salon femmes br@nchées, de même que de situer ces énoncés dans un contexte encore plus grand avec l’aide de fonction:feminism, un projet de ligne du temps du cyberféminisme. Ah le temps!

Les femmes voulaient-elles vraiment utiliser des ordinateurs? :: Kathy Kennedy

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Je suppose que j’ai toujours eu un penchant pour les groupes de “grrrls”. J’aime ce sentiment instantané de camaraderie et d’approbation qui est le propre de toute bonne sororité. Au début des années 90, il y avait beaucoup d’occasions pour ce genre de rapprochement grâce au partage salutaire d’idées et de ressources entre les femmes artistes et activistes de Montréal. J’avais bénéficié du meilleur de cette pratique pro-féministe grâce au Choeur Maha, la chorale innovatrice que j’ai fondée en 1991. C’était un foyer effervescent d’idées et de nouvelles pratiques en art multimédia et en activisme.

Mon amie de longue date, Kim Sawchuk, était aussi une figure active dans ce milieu, ayant fait partie du super collectif artistique qui se nommait “Féministes perverses” (Feminist Perverts) et rassemblait des artistes comme Nell Tenhaaf, entre autres. Nous nous étions habituées à parler de nos travaux en cours avec un groupe stimulant de pairs (principalement des femmes) et, à cette fin, Kim pensait inviter régulièrement des amies à un “drôle de salon”. Patricia (Trish) Kearns, aussi une amie très chère, avait beaucoup d’expérience avec les groupes d’activisme féministe et était également un élément essentiel du Choeur Maha. Elle a toujours eu une conviction inspirante de pouvoir engendrer le changement social.

C’est seulement cette année-là, lorsque j’ai acheté mon premier Power Mac, que je me suis rendue compte qu’il existait réellement un fossé numérique qui maintenait les femmes à distance de la révolution technologique aux points de vue économique et idéologique. Les femmes étaient alors si intimidées par l’idée de travailler avec la technologie qu’il serait difficile de le comprendre aujourd’hui. Vu notre scène sociale hyperactive, il semblait inévitable que certaines personnes me demandent d’avoir accès à l’ordinateur et il me semblait bizarre de garder un outil aussi puissant pour moi toute seule.

Le soir de mon anniversaire de 34 ans, après beaucoup de vin et de festivités, j’ai convaincu Kim et Trish de jurer de devenir partenaires dans la création d'un super-méga-groupe féministe-activiste-artistique. J’ai convoqué une assemblée de femmes artistes de Montréal que je connaissais et qui travaillaient déjà avec la technologie; manifestement, il y avait déjà beaucoup d’enthousiasme pour le projet. L’équipe sympathique de la Galerie OBORO nous a rapidement offert un tout petit espace de bureau pour une somme dérisoire, et aussitôt j’y ai déménagé mon Power Mac, j’ai fait installer une ligne de téléphone et j’ai connecté notre modem 56k et hop, c’était parti! Je veux maintenant prendre le temps de remercier les hommes autour de nous qui ont été d’un grand soutien et qui avaient également hâte de voir le projet prendre son essor. Claude Schryer nous a donné un deuxième Mac ainsi qu’une bonne quantité d’équipement audio et du mobilier de bureau; Ian Cook a conçu notre première page Web (inspirée de la citation de Noel Coward, “everything in moderation except XX!”); Marc Boucher nous a aidé à écrire notre première charte de constitution en corporation. Je devrais ajouter qu’à ce moment-là, il y a eu tant d’anges “virtuels” qui ont généreusement donné de leur temps, et sans lesquels le Studio ne se serait peut-être pas concrétisé.

L’énergie qui entourait ce nouveau club/groupe/entité était extravagante et il était évident qu’il y avait un véritable besoin social à combler. Kim nous a sagement suggéré de tenir une conférence de presse vers la fin septembre 1995, et se fut un très grand succès. Près de cent personnes arrivèrent au 4001, rue Berri, chacune avec des demandes et son opinion sur ce que ce nouveau centre devrait être. Nous avons commencé à comprendre qu’il y avait des facteurs économiques et sociaux évidents qui avaient créé ce décalage entre la façon dont les hommes et les femmes se servaient des ordinateurs. Heureusement, nous nous sommes servies de la ressource incroyable que représentaient les recherches universitaires d’étudiants de deuxième et de troisième cycle, par l’intermédiaire de Kim Sawchuk, Catherine Russel et Will Straw. Leurs heures de recherche étaient l’important travail bénévole dont nous avions besoin au départ (et dont nous avons sans doute encore besoin). À cette époque, Sheryl Hamilton s’est impliquée par le biais de son travail de doctorat à l’Université Concordia, et a commencé à faire le gros du travail qui consistait à exprimer clairement les activités de recherche qui apporteraient du financement pour le Studio XX. Avec le recul, je peux dire que nous avons vraiment examiné la question en profondeur, au point même de nous demander si les femmes voulaient vraiment se servir des ordinateurs.

La structure du Studio est fondamentalement restée fidèle à l’idée initiale : une association de mentorat artistique qui offre un soutien aux artistes de haut calibre en les employant comme instructeurs. On voulait également une émission de radio pour annoncer les événements du Studio (à ce moment-là, elle était destinée spécifiquement à celles qui n’avaient pas encore accès à Internet). Le site Web a toujours été perçu comme un portail important, un lieu rassembleur pour des femmes des quatre coins du monde, avec une revue électronique, bien sûr! La série des Salons Femmes Br@nchées a toujours été l'élément le plus caractéristique du Studio, la rencontre d’activistes et d’artistes expérimentées et de la relève dans un environnement convivial où elles pouvaient discuter de leur travail avec d’autres femmes fantastiques. Lors de sa mise en vigueur, Internet était tellement nouveau qu’aucune de nous ne pouvait imaginer le domaine étendu de l’art Web; c’est donc grâce à Catherine McGovern que le Festival HTMlles existe. Ce fut toujours mon idée de créer un centre qui pouvait générer ses propres revenus pour que nous puissions être complètement indépendantes et tout aussi rebelles. Mais aujourd'hui je suis extrêmement reconnaissante envers les institutions fédérales, provinciales et municipales qui nous ont appuyées généreusement et nous ont dotées d’une infrastructure financière sans laquelle nous aurions sûrement péri.

Nombre de fois depuis sa création, nous avons remis en question l’existence du Studio XX. Lorsque la microédition (“desktop publishing”) est devenue la norme et que les cours d’informatique en graphisme Web sont devenus omniprésents, plusieurs personnes ont demandé pourquoi nous avions encore besoin d’un centre spécifiquement pour des femmes. Les questions d’identité politique et d’Internet ont été explorées à l’excès, et pour certains, le féminisme peut sembler ne pas avoir sa place dans les nouveaux médias. À ceci, j’ai une réponse simple. Le féminisme est ce qu’il est, et il a sa place dans l’art, au travail, dans l’église, au lit et dans la création d’un monde meilleur. Je regarde les braves jeunes féministes qui rôdent autour du Studio et je fais preuve de patience lorsqu’elles roulent des yeux exaspérés dans notre direction, nous, la vieille garde. Nous avons livré une bataille complètement différente afin de créer une initiative féministe au sein de la technologie. Le féminisme est, par définition, concerné par le bien-être de notre société. Maintenant que la technologie et Internet ont complètement révolutionné la société, nous devons tous nous assurer que c’est pour le bien de tous.

http://www.kathykennedy.ca

function:feminism :: Deb King

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function:feminism a été crée conjointement avec The Feminist Art Project, une série d'événements prévus pour 2007 (http://www.functionfeminism.com). Le projet de situer le cyberféminisme dans une perspective historique et technologique est une tâche excitante et de plus en plus importante alors que les développements technologiques s’alignent sur la structure du pouvoir colonialiste, avec l’invasion du quotidien par des applications de la biogénétique, de surveillance et de capital mondial. De rendre justesse à la portée de la pratique cyberféministe est un grand défi, et ce projet ne peut être que considéré comme un synopsis de cette pratique qui se veut non hiérarchique et décentralisée. Une chose est sûre : le projet est sans retenue; à mesure que l’on passe de la “gashgirl” de di Rimini au “Tomorrow’s News Today”, du sinistre au pénible et au quotidien, le discours s’approfondi et se complexifie. Une multiplicité de préoccupations fusionne pour confirmer avec force une notion féministe & illustrant une profondeur théorique post-structuraliste qui dépasse le sexe, dépasse l’artiste individuel, tout en accordant l’espace et une déférence à la tonalité unique de chaque voix.

Information sur The Feminist Art Project : (http://feministartproject.rutgers.edu).

Penser tout haut ensemble le cyberféminisme :: transcription de Caroline Martel et Mélina Bernier

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  • “Feminists in 2004 are all, veut veut pas, cyborg. If we want to s’assumer au Québec, en Amérique du Nord, we might as well be cyberfeminists, add that dimension to our thinking. Because if we don’t think about it and we don’t take care about it, it’s gonna take care of us.” * – Sharon Hackett

Il s’était décidément passé quelque chose lors de ce salon Femmes br@nchées 56 : un moment d’histoire orale collective spontané alors que des femmes d’Amérique latine nous avaient interpellées en nous demandant de leur raconter le cyberféminisme. Un blogue sur .dpi, la nouvelle revue électronique du Studio XX, avait créé des ponts. Des liens à des articles avaient été proposés pour nourrir des discussions. Or, si la connexion avec elles ne s’est pas produite en direct à cause de problèmes techniques sur leur serveur, ce vendredi 22 octobre 2004, nous nous sommes retrouvées entre nous pour prendre le temps de “tisser ensemble notre textile cyberféministe”. À vrai dire, peu d’entre nous ne s’étions franchement approprié le concept de cyberféminisme avant. Valerie d. Walker et Sharon Hackett, en tant qu’éclaireuses invitées par Caroline Martel, étaient là pour partager leurs expériences d’engagements pratiques et idéologiques sur le terrain et leur connaissance d’une histoire encore à faire au coeur de la raison d’être du Studio. Nous allions être allumées de réaliser à quel point XX avait été fondé lors d’un moment d’effervescence féministe remarquable à l’échelle planétaire, et dans un continuum situé entre des points jacquards et des récits futuristes cyberpunks. Voici des transcriptions des échanges – tantôt en français, tantôt en anglais – qui ont été captés par vidéo.

Something special happened at that salon Femmes br@nchées #56 : a moment of spontaneous oral history that arose as a response to a request made to us from Latin American women who wanted us to tell them about cyberfeminism. A blog on .dpi, the new electronic periodical of Studio XX, had built bridges with posted articles which fed the discussions. But the live streaming never happened (of course, because of a technical problem on a server). Instead, on that Friday October 22nd, 2004, we remained among ourselves and took the time to patch up our own cyberfeminist connections. The truth is that not so many of us had really tackled what cyberfeminism meant to us before. Valerie d. Walker and Sharon Hackett were invited by Caroline Martel as guides to the discussion. They shared their experiences in the field and their knowledge of a history still to be written at the very heart of the raison d’être of Studio XX. That evening, we came to realise that in fact the Studio had been created at an especially effervescent time of feminism worldwide – in a continuum moving between jaquards looms and futuristic cyberpunk narratives. Here are transcriptions of the French and English conversations captured on video.

Le cyberféminisme et le rapport au politique et aux femmes du monde

Pascale Malaterre : “Qu’est-ce qu’il faut penser ? Dites-nous quoi penser !”

Caroline Martel : “Ce qu’on s’est dit, c’est qu’on allait parler de ce que cela représentait pour nous le cyberféminisme. On a ici des féministes de différentes générations. Est-ce il y en a qui ont eu la chance de lire certains des textes ?”

PM : “Pour moi, le cyberféminisme, les logiciels, c’est vraiment d’abord un enjeu du pouvoir essentiel : les femmes doivent absolument s’approprier les technologies. Je suis pour investir le champ du politique. Je suis contre l’exclusion, dans le sens de dire “On est entre femmes, donc nous ne sommes pas politiques et nous allons rester hors du champ des méchants hommes, et nous allons nous victimiser et nous allons devenir des héroïnes de la victimisation” – je suis contre ça avec ferveur ! Je suis vraiment pour les femmes dans la Cité, dans le monde, dans le politique ; dans le pouvoir. Le pouvoir ça veut dire le rapport à l’argent, le rapport au politique, le rapport aux technologies. Alors voilà! Et tout cela, sans condescendance envers les femmes du monde entier. C’est vrai que les logiciels ont été formatés pour des modélisations du cerveau anglo-saxonnes blanches, et, par extension, francophones aussi. On est tous d’une certaine façon américo-occidental! Il ne faut pas se le cacher. Et quand je rencontre des gens qui ne sont pas d’Occident, je me sens vraiment dans un monde fracassé!

Le rapport theoria/praxis à l’intérieur du cyberféminisme. La dialectique déconstruction/construction (du sujet femme, du féminisme?)

Sharon Hackett : “Moi je suis arrivée au Québec il y a maintenant 12 ans. J’étais déjà très intriguée par le cyberféminisme. C’était vraiment une époque où tout était possible, où on était en pleine déconstruction. On apprenait qu’on était des textes tissés d’intertextes, que nous sommes constamment en train de nous construire et aussi de nous inscrire pour ou contre les constructions que les gens essaient de faire pour nous. Et pour moi un des narratifs les plus puissants qui était tissé par des mots et des concepts divers, c’était le manifeste du cyborg de Donna Haraway, et plus largement tout son texte, Simians, Cyborgs, and Women. J’étais dans un moment du cyberféminisme où j’étais en train de me théoriser énormément et de chercher à me définir, de tout remettre tout en question ; on fait tous ça, TOUTES ça (hommes inclus), à une certaine époque et parfois toute la vie.

Puis je suis arrivée ici en 1992 et à partir de 1994-1995 j’ai commencé à donner des ateliers d’Internet à des femmes au Studio XX, à l’UQAM, à toutes sortes d’endroits. Après cela j’ai créé, avec beaucoup de réseaux de femmes, le réseau Netfemmes et j’ai plongé dans la pratique, dans le terrain. On mettait en place des réseaux de communication, on mettait de l’information sur le Web. C’est là que j’ai rejoins les femmes du monde. Au Québec, où il y avait pour moi des mouvements de femmes pluriels et très forts, j’ai plongé dans la pratique, mais toujours “informée” par le cyberféminisme.

Dernièrement, là où je travaille, on a mis en ligne des textes de groupes de femmes des trente dernières années. On archive plusieurs centaines de textes qui sont dans le réseau, mais tout cela sans trop théoriser, sans trop dire : “Est-ce qu’on est cyberféministes, féministes technologiques ou féministes de la communication ?” Donc, ce soir c’est une chance pour moi de confronter la théorie et l’action. Quand je dis que je suis une féministe technophile – ce que je dis depuis à peu près 7 ou 8 ans – et quand on parle de cyberféminisme, je voudrais demander : quelles sont les pratiques qui peuvent informer la théorie, quelle est l’action qui peut découler du cyberféminisme?

étant donné que je viens du monde littéraire et linguistique, j’ai regardé “cyber”. Savez-vous ce que cela veut dire le préfixe cyber? Ça ne veut pas dire “techno”, ça veut dire gouverner ou diriger. Oui oui ! Alors, si cyber veut dire diriger, est-ce que ça veut dire que le cyberféminisme est une opportunité pour les femmes de diriger ce que c’est que d’être une femme?

CM : “En fait, moi je dirais oui. Je pense que dans le terme cyberféminisme, on fait référence au cyberespace, qui a été défini ou évoqué dans la littérature de science fiction du début des années 1980. C’est beaucoup dans les idées, l’imagination, l’invention de récits qui nous permettent de confronter les choses réelles. Déjà les cyberféminismes semblent être au pluriel, et ce n’est pas comme si le cyberféminisme est UNE des sortes de féminismes ; il y a des cyberféminismes aussi.

De jacquards et de littérature cyberpunk : zoom out sur l’histoire du cyberféminisme

Valery Walker : “A cyberfeminist like Sadie Plant came to cyberfeminism after a history in textile art, and using textile art to investigate the original construction of the computer.

I don’t know if everybody knows, but the actual original computer model came from a weaving technology called a jaquard loom. It is the kind of loom like the one used by the piano player punched keys, punch cards, which is exactly where computer punch cards came from – a direct copy on the cards used on the jaquard loom to control the individual tread. This is around the 1800’s-1840’s in Europe with Charles Babbage and Lady Ada Lovelace, a very famous mathematician, Lord Byron’s daughter. She wrote a lot of very interesting theories about maths at the time. When Charles Babbage showed her his plans for the different different difference engine, which was called computer then, she went home and created the first programming language, just based on a model of punched cards. But Ada Lovelace’s first computer was never built, because there were no technology to create standard screws to build a machine that could be run reliably!

So! Sadie Plant used that knowledge to investigate the links of computers and technologies that are typically considered feminine craft art and out of that she wrote Zeros and Ones. She uses a lot of female touch stones as far as things are considered “more female craft technology” to describe how women are constantly supporting and promoting the computer revolution. From the fact that it’s women in Malaysia who have very fine fingers and can work well under magnifying glass, to the bulk of the actual physical data entry labour done on computers by women.”

SH : “In the 1940’s actually, during the Second World War, there were women that were computing missile trajectories and their job title was ‘computer’.”

VW : “But they were in fact doing very complicated fast maths in their heads and on paper. There were no computers then, except for these women. They were mathematicians, or math grad students, some of them were recruits from the American army!”

CM : “And what about the cyberpunk dimension of the inspiration of Sadie Plant to engage in cyberfemism past-present-future ?”

VW : “She was informed by cyberpunk literature from the late 80’s, in which most of the really strong, active, physically-engaged characters were women.”

SH : “Yes, these female figures re-organisized the cyber. In the Cyberfeminist Manifesto for the 21rst century, for instance, the writers say “we’re the future cunt, we’re the slime, eat code and die!”. There is a lot of attitude in this, it is very cyberpunk – you can see William Gibson’s female assassin running into the matrix! But you’ve got these models in cyberpunk in the seminal novels of Gibson : the male who leaves his body and jumps into the matrix and becomes something else – and then you’ve got the female who is really bound up in her body. There is this dichotomy that has been imposed on women as far back as I’ve been able to find in my research – from the Greeks, and the Latins, and in the early Medieval period. And where does it all come from anyway ?!

So you’ve got these women who are playing against the meat Vs matrix model. Opposing the naïve thought that we’re gonna go into the zeros and ones and that we’re gonna somehow transcend the sloppy, messy meatiness of humanity with something cooler, better, immortal the cyberfeminists reply: “It’s my clitoris that’s getting me into cyberspace!” It’s not therapy, serious ! But it’s intriguing, punchy and maybe it gets people thinking about feminism in another way.”

CM à Patricia Kearns, une des quatre fondatrices du Studio XX : “Quand le Studio a été créé, est-ce que ses fondatrices étaient conscientes des courants du cyberféminisme ?”

Patricia Kearns : “Le langage des institutions nous frappait. Information highway & who was defining it ? Where was this being discussed? It was all in the government and in the universities. Big projects, money that was going into research within institutions with their particular language. It seemed like there wasn’t much else that people had access to. So Studio XX was born to create a place – exactly like tonight – where people would come no matter what their affiliation is and just start to talk about these issues, have their imagination sparked. Some early Femmes branchées were exactly that.

SH : “�Women would come to share what they were doing. I remember when Pascale Trudel came to present at the HTMlles and she had her doctorate in electroacoustic but you could find her on compilations of electro-acoustic – only men were there ! So we had to make the old boys’ network for women!”

Le cyberféminisme pour le renouvellement du féminisme à travers le monde

CM : “ Il est intéressant pour le Studio XX de connaître l’histoire du Old Boys’ Network, parce que ce n’est pas un hasard qu’à sa base il y a beaucoup d’artistes, et des femmes du milieu universitaire également. J’ai surtout lu Cornelia Sollfrank, mais ce qui est intéressant avec le Old Boys Network, c'est qu’elles ont décidé de prendre part à l’idée de cyberféminisme en le recréant un peu à leur façon. Je pense qu’elles ont pensé l’idée du cyberféminisme au début un peu comme un canular, comme un terme qui a l’air sexy, provocant – style “femmes branchées” – qui, au lieu d’attirer un “Ah, les féministes!”, de la négativité ou des clichés, pourrait attirer une forme de curiosité. Un peu une tactique pour déjouer les idées reçues autour du féminisme.

Femme dans la salle : “Une tactique de séduction !”

CM : Dans “Cyberfeminism Revolution”, Cornelia Sollfrank fait remarquer qu’il y a un romantisme associé avec des mots comme anarchisme, avant-garde, révolution. Peut-être n’y a-t-il n’y a pas cette aura là de romantisme autour de féminisme. Maintenant que l’idée de cyberféminisme date de presque 15 ans, une de mes questions est : est-ce qu’on gagne à s’approprier cette idée pour revendiquer une forme actuelle de féminisme ? Ou est-ce qu’on ne devrait pas tout simplement plutôt se dire qu’on est féministes et voilà, s’assumer directement comme cela! Je pense qu’on est dans une “3e vague“.

SH + VW : “Le féminisme libre et gratuit!”

CM : Il y a eu des sommets cyberféministes en Europe en 1997, 1998 et je crois en 2002. Le Old Boys Network au départ voulait éviter toute forme de définition. Mais je pense que ce qui définit le plus le cyberféminisme, c’est de dire que les réseaux permettent d’autres modèles d’interaction parce que “dans le cyberespace on ne peut pas se faire interrompre par les hommes”. C’est un peu l’idée du non-hiérarchique ; l’idée des réseaux comme espace à investir et dans lequel se redéfinir, mais en échange les unEs avec les autres.

SH : “Il y a une dizaine d’années, on a des femmes un peu partout qui se sont mises à utiliser le Net pour réclamer pour elles une partie du monde. Par exemple, dans les pays de l’Est de l’Europe qui étaient communistes, surtout dans les nouveaux régimes où tout allait au capitalisme, il n’y avait pas d’endroit pour la pensée féministe, pas de presse ou d’études féministes dans les universités. Il n’y avait pas de ressources pour que les femmes connaître leur pensée et qu’elles le partagent même entre elles. Alors elles ont utilisé l’informatique, et surtout Internet, afin de reprendre une partie du territoire. Elles ont pu tasser un peu ce modèle hégémonique de l’autoroute de l’information et elles ont été capables de bâtir des routes secondaires qui menaient où elles voulaient. Par exemple en ex-Yougoslavie, le nombre de femmes qui savaient utiliser Internet et les technologies était en bas de 2% – ce qu’on a maintenant au Moyen-Orient. Mais celles qui étaient là et qui avaient le privilège d’êtres branchées l’ont fait autant que possible avec la conscience que même quand une femme n’a pas accès au réseau, elle a peut avoir accès à une autre femme qui a accès au réseau, peut-être même encore là par une autre femme. Et c’est ça ce qui s’est passé aussi avec la Marche mondiale des femmes partout sur la terre en 2000 : il y a eu plus de 5000 groupes de femmes qui ont adhéré en moment c’est plus de 6000. Il y a au Québec 40% seulement de ces groupes de femmes qui sont branchés – même si pourtant ici on est super cyber – mais le 40% a été capables de rejoindre tous les autres groupes.

We’re connected. You can say that we’re connected through a matrix beyond our own bodies!

CM : “We’re part of this integrated circuit Donna Haraway had talked about!”

SH: “Feminists in 2004 are all, veut veut pas, cyborg. If we want to s’assumer au Québec, en Amérique du Nord, we might as well be cyberfeminists, add that dimension to our thinking. Because if we don’t think about it and we don’t take care about it, it’s gonna take care of us“.

CM: “You don’t have to be connected to be affected.

Hacker les réseaux
VW: “I don’t know that I have another perspective than my favourite pseud-definition about it that cyberfeminism is a myth. And I like that idea, because a myth is something that crosses over between reality and fantasy.

I’ve been working in computers for a very long time, way back in the 80’s. Everybody I worked with was a bizarre sociopathic white guy – everybody’s got their little angles ! It was very interesting to me that when we were in communication – back then the Net was textual chatting – you were talking to a lot of people who said they were women online.

SH: “And had cybersexual relationships as women!

VW: “And I was a woman online who never told anyone I was a woman. I liked that ability to cross over and be somebody else for a while. So to me the first aspect of cyberfeminism that appealed to me as that I could continue to be a feminist, perhaps push it further into humanism, and speak to people who I knew were guys, as another guy, and convince them about why they needed to be more humanist, and more feminist, in their lives. So I had lots of political discussions online – textually. That was the first kind of idea using technology to transcend the position that my physical self locked me into based on the interactions I was having with people around me at that time.

CM : “Une des volontés concrètes du Old Boys’ Network était de hacker le réseau institutionnel des arts, incluant même l’histoire de l’art. Val, would you like to talk about it? "

VW: “Cornelia Sullfrank, who was very involved in the definition of cyberfeminism, is now very involved in identifying and demystifying the idea of the female hacker. She got her start in hacking in 1997 when the Hamburg Kunst Hall announced the definitive Net art competition. Cornelia Sollfrank countered the call for submissions with her first hacking art endeavour called “Female Extension”. She wrote a program that searched the web and randomly created web art from existing works online and then generated a female identity, emailing address and postal address, and submitted the work as that individual. The Hamburg Kunst Hall was flooded with art and it is a web cyberlegend now whether it was 170 or 300 entries that she’s submitted with this program. So the Hamburg Kunst Hall announced “Look, the presence of women online is so large; over 2/3 of the people we accepted are women”. And yet, when the money prizes were awarded, out of the artists who received the awards after the show, none were women. And then Cornelia Sollfrank revealed her hack that had not been discovered; almost all the works submitted by women were by her hack.”

La problématique de l’idéal de l’accès aux NTIC pour toutes les femmes Vs la mission du Studio auprès et avec les femmes artistes

SH : “Au Canada, au Québec, par le programme d’accès communautaire qui a mis des laboratoires informatiques comme ici au Studio partout à travers le pays, des femmes dans des situations de pauvreté sont capables de développer de nouvelles capacités via l’informatique et ainsi s’insérer dans un réseau d’intégration sociale. En alphabétisation, par exemple, on utilise Internet pour recruter des gens qui ne vont jamais avouer qu’ils ne savent pas lire ni écrire. Ils disent : “Ah, je m’en vais au centre pour mes cours d’informatique”, mais ne disent pas que c’est 9h d’informatique, et 20h de français et de mathématique. Ça brise les tabous aussi“.

CM : “Au Studio XX, on avait toujours nourrit cet idéal-là d’outiller les femmes, et non pas juste les femmes artistes, mais TOUTES les femmes. Et puis, on a réalisé que dans la pratique, comme centre de production dont le fonctionnement est financé par différents conseils des arts, on évolue grâce à des programmes qui font de nous un centre d’artistes. On a du se dire qu’il y a d’autres groupes de femmes, et d’éducation populaire aux adultes pour les femmes de la communauté plus large.

On est super contentes d’être des cyberféministes dans un centre d’artistes, parce que ça passe par la création, par un engagement face aux nouveaux médias, et par un engagement critique face aux nouvelles technologies, mais en même temps on s’est dit cela nous a fait un peu de peine de se dire qu’on allait arrêter de nourrir directement cet idéal-là de l’accès pour toutes, sur lequel XX a été fondé. On va assumer que l’on est vraiment un centre d’artistes, d’abord et avant tout, et en tant que cyberféministes aller de l’avant pour être pleinement bonnes là-dedans – et non plus essayer d’être tout pour toutes. Comme le propose Nathalie Magnan : “Le féminisme n’existe pas, il existe des pratiques féministes aux stratégies multiples“. Soyons féministes, soyons cyberféministes et soyons stratégiques !

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_Sharon Hackett
Agente de développement Internet et Alpha au Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDéACF), Sharon Hackett est impliquée dans des espaces d’action et de réflexion sur l’intégration des TIC dans le milieu communautaire aussi bien sur le plan local qu’international. Présidente du Carrefour Mondial de l’Internet Citoyen, elle est aussi active dans les groupes québécois de logiciels libres. Fondatrice du réseau netFemmes (http://netfemmes.cdeacf.ca), elle a collaboré à des études sur les besoins des groupes de femmes québécoises en matière de TIC (www.womenaction.org/women_media/). Studio XX est très fier de la compter parmi les nouvelles membres de son conseil d'administration !

Internet and Literacy Development Agent at the Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine (CDéACF), Sharon Hackett is involved in reflections and initiatives surrounding the integration of information technologies in community organisations, locally and internationally. President of the World Forum on Community Networking, she is also active in Québec among groups promoting open-source software. Founder of the netFemmes network (http://netfemmes.cdeacf.ca), she also co-ordinated many studies on the information technologies (IT) needs of womens’ groups (www.womenaction.org/women_media/). Studio XX is very proud to count her among the members of its Board of Directors!

_Valerie d. Walker
Consultante en systèmes informatiques, Valérie d. Walker détient un baccalauréat spécialisé en ingénierie électrique et en science informatique de l’Université de la Californie à Berkeley. Le Studio XX l’a eu pendant sept ans comme co-animatrice et réalisatrice de XX Files, émission qui pose un regard féminin sur la technologie à www.ckut.ca. Val fait actuellement sa maîtrise à NASCAD en Nouvelle-écosse.

Information systems consultant, Valerie D. Walker holds a Bachelor’s degree with a specialisation in electrical engineering and computer science from the University of California in Berkeley. For more than seven years, she has been an amazing instructor and the co-hostess and producer of XX Files, the radio show that casts a feminine regard on technology on CKUT 90.3 FM. She is presently doing her MA at NASCAD in Nova Scotia.

_Caroline Martel
Coordonnatrice à la programmation du Studio XX de 2003-2005, Caroline Martel conjugue théories et pratiques autour de la création documentaire depuis 1998. Sujets de prédilection: archives, histoires de femmes, médias et technologies de communication. Son dernier long-métrage Le fantôme de l’opératrice (Québec, 2004, 66 min.) a été présenté dans une trentaine d’événements cinématographiques prestigieux et connaît un vif succès critique. B.A. en Communications et M.A. en Media Studies de l’Université Concordia, Caroline a travaillé dans la recherche auprès de cinéastes, professeurs d’études culturelles et pour les institutions nationales de cinéma.

Programming coordinator at XX from 2003-2005, Caroline Martel is a documentary artist. She has been synthesising theory and practice in a variety of projects since 1998, with a special interest in archival materials, cinema history, women and communication technologies. The Phantom of the Operator, her first feature-length film as an independent producer-director, was acclaimed worldwide in more than 30 prestigious film events. BA in Communications and MA in Media Studies from Concordia University, she has also done research for filmmakers, scholars and national cinema institutions.

3 centres d'artistes : un entretien entrevues réalises par Sonia McMullen

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Groupe intervention vidéo (GIV) – Anne Golden et Petunia Alves

Le GIV, qui a été fondé en 1975, est un centre de diffusion et de production de vidéos tournés par des femmes. Certains événements relatifs à la diffusion des vidéos sont présentés dans le local appartenant au centre sur le boulevard Saint-Laurent, mais d’autres sont également présentés à l’extérieur, comme à la Maison de la culture Plateau Mont-Royal, ou encore au Théâtre de Verdure du Parc LaFontaine où à chaque année, l’organisme présente l’événement Vidéo de femmes. Le GIV présente de 10 à 11 productions par année et possède une collection d'environ 530 titres en anglais, français, espagnol et portugais.

L’espace sert également à la collaboration avec des groupes et, en conséquence, on offre le prêt d’équipement, ainsi que le prêt de la salle et même une formation vidéo. Le développement multimédia peut être offert par le GIV, mais comme il dépend des subventions, il ne fait pas partie des priorités du centre, qui se consacre surtout à la vidéo.

De plus, des tournées sont organisées à l’extérieur de la ville. Ces tournées sont très importantes pour le GIV, puisqu’elles permettent des rencontres intéressantes. Ainsi, les responsables du centre vont vers les gens plutôt que le contraire. Dernièrement, une grande tournée commémorant les 30 ans de l’organisme a été effectuée à travers le Canada. Celle-ci se concluait dernièrement à Vancouver avec neuf programmations historiques et thématiques.

Depuis son ouverture, la mission du centre a changé. À l’époque de sa création, des hommes et des femmes en faisaient partie alors qu’aujourd'hui, le centre se consacre exclusivement aux femmes. À l’origine, le centre se composait d’une cellule marxiste et il était plus politique; les membres réalisaient, par exemple, des documentaires sur les travailleurs en grève. Ces artistes voulaient changer le monde et ils voulaient être diffusés à la télé.

Plus tard, dans les années 1970, les hommes sont partis et les femmes sont restées. Le centre est devenu un centre de diffusion (distribution) exclusivement pour les femmes. Dans les années 1980, on retrouvait également des documentaires en anglais, ainsi que du matériel plus expérimental. Les thématiques sociales ont toujours été très importantes et ce, depuis l'ouverture du centre. Le mandat a changé, mais les valeurs et idéaux principaux sont restés les mêmes.

Depuis, une certaine évolution s’est produite au GIV, en ce sens qu’on retrouve moins de documentaires, et certaines thématiques déjà présentes à l'époque sont maintenant traitées de façon différente. Les femmes sont également impliquées dans la production, du début à la fin. À ce jour, le centre n’offre plus seulement des documentaires, mais également des vidéos d’art et des vidéos expérimentales. Fait à remarquer, les productions ne sont ni racistes ni sexistes.

Cependant, le regard extérieur sur le GIV suppose qu’il offre seulement des documentaires et non de la vidéo. Comme les besoins ont changé, la nécessité de changer les choses, caractéristique des années 1970, a aussi évolué.

Ainsi, le GIV a réalisé une expérience dans les Centres jeunesse l’an dernier, qui consistait à faire produire des vidéos par des jeunes. Ces vidéos ont été présentées par la suite lors d’un événement organisé par le centre. Deux équipes ont réalisé des vidéos sur des thématiques qui les touchaient. Les filles réalisaient et les garçons pouvaient participer à titre de comédiens, par exemple.

Quant à l’évolution du centre, certains projets Web sont à présent accessibles sur le site du GIV. La vidéo en tant que médium artistique a changé; on a assisté à une évolution des équipements, qui étaient très lourds au début des années 1980. Il faut se souvenir que dans les années soixante-dix, il était très ardu de monter une bande vidéo. Aujourd’hui on voit apparaître des nouveaux modèles de caméras à tous les deux ans, toujours plus légers et performants, et monter une bande peut maintenant se faire à domicile. Avec les progrès technologiques dans le domaine du montage, les artistes ont une plus grande liberté quant à ce qu'ils veulent présenter et la manière de le présenter (coupures, textures, flous, animation 3D, etc.). D’autre part, on assiste également à un retour à l’ancien. En effet, certains artistes font des vidéos en une prise, comme c’était le cas dans les années soixante-dix. Également, on retrouve un retour au “manuel”. Au lieu de profiter des avancées technologiques, plusieurs artistes préfèrent effectuer leur travail manuellement. Le résultat s’en trouve alors modifié.

Par ailleurs, on retrouve plus d’interdisciplinarité quant au choix du médium. Plutôt que de travailler avec un seul médium comme c’était le cas à l’époque, les artistes travaillent avec différents médiums dans la même oeuvre.

La Centrale/Galerie Powerhouse – Aneessa Hashmi

Ce centre a été fondé en 1973, afin de promouvoir la diffusion du travail des femmes artistes de la relève ou ayant déjà une carrière établie. La Powerhouse a été ajoutée au nom en 1974. Le centre soutient la diffusion et offre l'échange avec des centres provenant d'autres pays et représente également des artistes locaux et étrangers. À l’époque, 70% de la programmation était occupée par des femmes et l’autre 30% par des hommes : les hommes pouvaient donc exposer à La Centrale.

Un comité de programmation, qui change à tous les deux ans, s’occupe de la sélection des artistes qui proviennent de toutes les disciplines. Les événements se déroulent dans la galerie ou à l’extérieur, comme dans le cas de performances in situ. Le centre offre également des soirées de projection, des conférences et des présentations d’artistes et, à tous les deux ans depuis 1994, le centre organise le Mois de la performance. Plusieurs services sont offerts aux artistes qui exposent en galerie, soit le prêt d’équipement, l’aide technique, les communications et le service de gardiennage. Selon les expositions, des formations sont organisées afin que l’artiste exposant partage certaines de ses connaissances avec un public curieux.

Depuis son ouverture en 1973, le centre a déménagé sept fois. Chaque nouveau contexte a offert de nouvelles possibilités de création et de diffusion et a influencé le cours de la programmation. Afin d’alléger ses déplacements et d’assurer la bonne conservation des nombreux documents visuels, sonores et administratifs, le centre a cédé au fonds d’archives de l’Université Concordia l’équivalent de trente années de vidéos, photos, diapositives, dossiers papier, etc. Sauvegardés dans des conditions idéales, les différents supports et formats sur lesquels sont conservés les mémoires de La Centrale/Galerie Powerhouse contribuent désormais à l’enrichissement du patrimoine culturel montréalais.

Quant à la mission de La Centrale, celle-ci est la même qu’au début, mais son interprétation a changé. L’évolution de la mission dépend des divers groupes qui sont passés par le centre, mais le mandat reste féministe. C’est par le travail qui est présenté que le féministe (ou féminin) ressort. De plus, l’endroit est en constante transformation. Ce sont les dossiers reçus qui déterminent ce qui va se passer dans la galerie et pour y arriver, on fonctionne par appel de dossiers.

Par ailleurs, la diversité des disciplines de chaque membre est très importante. Quant à ces pratiques artistiques, les années 1995-96 ont vu apparaître beaucoup de vidéo et on a remarqué au centre qu’une sous-représentation d’un certain médium amène un regain de celui-ci. Comme si par exemple, à une époque où la photo était pratiquement absente des pratiques artistiques “en vogue”, plusieurs artistes effectuaient un retour à la photographie, ce qui ramenait ce médium à l’avant-plan. De plus, le centre propose des publications pour encourager un discours sur les femmes, écrit par des femmes.

Pour ce qui est de l’évolution du centre, la structure organisationnelle de La Centrale n’a pas changé. Les membres s’intègrent dans le centre par désir de trouver un réseau. D’autre part, le roulement du personnel et la coordination du centre ont changé tous les 3 ans depuis l’ouverture du centre.

Depuis le déménagement du centre, le public a également changé. La ré-ouverture du centre sur le boulevard Saint-Laurent dans un endroit plus visible pour le public élargit ce public. Dans les anciens locaux, un public d’initiés et de gens qui connaissaient l’endroit venait le visiter. Avec une façade sur la rue, on retrouve une catégorie de gens qui ne seraient pas venus à La Centrale autrement. En effet, le boulevard Saint-Laurent, la Main, avec ses commerces, son multiculturalisme et la quantité de gens qui y circulent à chaque jour, n’en est que plus intéressant pour un établissement tel que La Centrale.

Également, la salle médiatique est devenue une salle de projets (in situ) et on retrouve également des laboratoires. Beaucoup d’activités se déroulent hors les murs du centre, ce qui offre une ouverture sur le monde, le quartier et les gens qui y vivent. Par ailleurs, l’espace de la galerie peut changer en fonction des projets présentés.

Studio XX – Marie-Christiane Mathieu

Fondé en 1995 mais incorporé en 1996, le Studio XX est un centre d’artistes féministe engagé dans l’exploration, la création et la critique en art technologique. La mission du Studio XX vise quatre volets, soit la production, la diffusion, la formation et la théorie par le biais de la revue en ligne .dpi. Le Studio XX a été mis sur pied dans le but de “déniaiser” les femmes qui faisaient face à l’émergence de plus en plus imposante des communications informatiques et télématiques.

Concernant la production, le studio offre des résidences à trois artistes par année avec une aide technique de 45 heures. Quant à la diffusion, le centre propose les Salons Femmes Br@nchées depuis 1995, à raison de six événements par année. À tous les deux ans, le Studio organise le Festival des HTMlles qui présente le travail pratique et théorique de femmes qui réfléchissent sur l’art, la technologie et la société. Depuis 3 ans, le Studio organise également la Fête de l’art qui est célébrée en janvier un peu partout dans le monde. En 2006, cette fête proposait un parcours sonore de Danny Perreault et de Pascale Malaterre. Ce parcours sillonnant Montréal nous faisait visiter les centres d’artistes OBORO et articule, s’arrêter au Parc LaFontaine pour une projection sauvage de l’Abécédaire de Gilles Deleuze (Lettre D – Désir – merci Jimmy Lakatos), pour finalement s’achever à La Centrale.

Le Studio promeut la formation auprès des femmes en ce qui concerne l’art technologique et soutient des projets qui utilisent principalement les réseaux, les installations interactives et l’art audio-numérique. Le Studio XX soutient de plus en plus les projets de recherche et collabore en tant que co-producteur à des projets de création. Le Studio offre des cours, des séminaires et des ateliers pratiques afin de donner à ses membres les connaissances suffisantes pour qu’elles entreprennent des projets plus ambitieux. Trois fois par année, Studio XX publie le journal en ligne .dpi, auquel contribuent régulièrement des auteurs de différents champs de pratiques (artistiques, sociologiques, politiques, etc.).

Le mandat du Studio XX n’a pas nécessairement changé depuis sa création. À la base, il concernait l'art Web, mais à cause de l’évolution des technologies il a dû sans cesse revoir la portée de ses orientations. La clientèle a changé, de communautaire à son ouverture, le Studio a depuis quelques années axé ses programmes vers la communauté artistique en offrant des formations plus pointues. Le public aussi a changé, beaucoup de jeunes hommes assistent aux activités du Studio XX et certaines formations sont quelquefois suivies par ceux-ci. Cependant, l’accès à ces formations est toujours offert prioritairement aux femmes.

Sans délaisser sa mission première de rejoindre les femmes, le Studio XX a organisé des projets artistiques communautaires tels que l’atelier d’art sonore Histoires Orales, qui formait en 2005 un groupe de jeunes filles de 14-15 ans à l’enregistrement sonore lors d’entrevues avec des femmes âgées, et Hawabécédaire qui donnera en mai 2006, la possibilité à un groupe de femmes musulmanes de Montréal de créer leur journal personnel. Le mandat communautaire se réalise ainsi dans un projet artistique.

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Dans tous les échanges avec les quatre directrices et co-directrices, la question de l’accessibilité est un des enjeux majeurs des centres qu’elles dirigent. La spécificité des centres dits " féministes " est avant tout d’offrir et de créer des lieux propices et adaptés à la production, la formation et la diffusion d’oeuvres qui présentent à un public mixte le travail artistique fait majoritairement par les femmes. Toutes s’entendent sur le fait qu’il faille réduire le décalage entre la perception venant de l’extérieur des centres, nourrie de préjugés et celle de l’intérieur, où un travail de recherche, de réflexion et de diffusion se fait. Est toujours présente cette nécessité politique et sociale de dire aux jeunes femmes qu’elles doivent prendre leur place et de les sensibiliser à l’importance de la reconnaissance, qui encore aujourd’hui ne semble pas être valorisée par celles-ci. Ce tabou de la réalisation de soi, de la réussite et de la reconnaissance est toujours présent et le rôle de nos centres est de leur donner des outils, de leur ouvrir des portes pour que leur travail soit vu et qu’elles reçoivent les crédits qu’elles méritent. Loin d’adhérer à la ghettoïsation des genres, toutes les directrices ont manifesté leur grande ouverture sur le monde sans toutefois mettre de côté l’importance de la vigilance dans leurs actions.