Chronique Actualité : Point de fuite :: Chantal Dumas et Rose-Marie E. Goulet ::
11 October 2007
L’artiste visuel Rose-Marie E. Goulet et sa complice l’artiste sonore Chantal Dumas viennent tout juste de terminer Point de fuite , une installation multisensorielle, mise en place à même les murs d’un wagon du métro de Montréal. Le wagon en service depuis le 24 septembre circule sur la ligne orange, de la station Montmorency à la station Côte-Vertu pour une période de 6 mois.
Ce projet-pilote marque le 40ème anniversaire de mise en service du métro de Montréal. C’est aussi la première pièce d’un programme novateur développé par la Société de Transport de Montréal (STM) et publicisé sous le nom de L’art prend le métro.

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Point de fuite est le premier projet du genre à être réalisé dans un métro en Amérique du Nord. Il va sans dire que la conception d’une oeuvre pour un espace public aussi atypique qu’est celui d’un wagon de métro constitue aussi une première pour les deux artistes. Un travail préparatoire exigeant de collecte d’informations à travers les différents départements tels l’ingénierie, la sécurité, etc. a été effectué par Rose-Marie. Cette étape était nécessaire afin de prendre connaissance des multiples contraintes du lieu. Cela a aussi permis de laisser apparaître les possibilités offertes par ce contexte si particulier. Il était également important de développer une bonne complicité avec les différents et très nombreux intervenants de la rénovation et de l’entretien des wagons de métro.
La proposition de départ a pris forme autour de la notion de temps et d’espace. C’est une façon de permettre aux voyageurs captifs le temps de leur trajet, de partager un autre voyage. Un voyage à la fois ancré dans le réel et l’onirisme, empreint d’aléatoire et de souvenirs. Nous avons donc créé un espace-temps qui va à l’encontre des caractéristiques d’un wagon soit un espace fermé et fonctionnel.
Autant le sonore que le visuel concourent à générer de nouvelles sensations. Le son se compose de vignettes dont la durée varie entre 15 secondes et 1 minute. Elles sont teintées des couleurs sonores de la ville. On y retrouve autant des ambiances, des éléments musicaux que des paroles en plusieurs langues, présentées sous forme de très courtes fictions. C’est une vision morcelée de notre environnement sonore mais pourtant l’ensemble est très cohérent. Ce qui est aussi très intéressant est d’avoir trouvé comment introduire un second degré à ces petites compositions légères et anodines et de les marquer de connotations culturelles, sociales et historiques. L’utilisation des sons du coq, du bigben ou encore des différentes langues fait référence à l’histoire passée et présente du Québec. Celui de la cloche ou du chant du muezzin fait allusion à un aspect social, voire religieux.
La fragmentation est également développée dans le traitement visuel. Elle s’appuie sur deux temps: un motif de recouvrement général (murs et plafond) et un traitement photographique partiel (sur les vitres).
Le motif mur-plafond va d’une extrémité à l’autre du wagon en se transformant : d’une image aux textures réalistes, il devient une abstraction complète, comme si le mouvement avait transformé le motif intérieur. Comme si dans le mouvement-temps, un étirement s’était produit.
Les photos donnent à voir des visions de la ville interrompues par des détails de personnages présentés sans contexte. Les textes publicitaires et informatifs ainsi que les divers symboles gravés dans la ville ont été retirés des photos laissant apparaître une toute nouvelle image de celle-ci.
Rose-Marie souligne qu’elle aurait pu développer une perspective plus linéaire mais elle s’est davantage intéressée à l’aspect onirique de ce point de fuite. Le rêve est rarement une vision nette et claire, linéaire et continue. Les temps se superposent, les images vont et viennent, un peu à manière de ce voyage en point de fuite.
Dans cette proposition, on retrouve une petite histoire de l’art, qui passe de la figuration à l’abstraction dans un espace-temps. Il y a une tentative de transposer cette perspective, en la superposant à celle de la dynamique d’un train, d’un wagon de métro, celle d’un point qui se déplace dans l’espace, une vision qui fuit.
Bien que l’œuvre soit fixée, tant au niveau visuel que sonore, sa perception va fluctuer car elle est assujettie à un aspect aléatoire engendré par plusieurs facteurs soit la lumière et le bruit de la station, le temps d’arrêt, le nombre de passagers, l’heure de la journée, la durée du déplacement, etc. Tout cela va moduler l’expérience du voyageur. Il va sans dire qu’elle sera différente pour chacune des personnes empruntant ce wagon. Nous avons tenté d’imaginer ce que serait cette expérience en concevant le projet. Mais voilà, on ne la connaît pas puisque nous n’avons jamais fait l’expérience d’un projet semblable.
Rose-Marie E. Goulet ne cache pas sa volonté de soutenir le projet afin de permettre que d’autres oeuvres de type installation visuelle-sonore puissent être réalisées dans les années à venir. Sachant qu’en 2012, de nouveaux wagons de métro équipés en numérique remplaceront les wagons actuels, on peut déjà penser à d’autres œuvres sonores, interactives, vidéo, enfin utilisant davantage les nouvelles technologies.
Avec un peu de persévérance, vous attraperez le wagon bleu. Laissez jouer le hasard en votre faveur ou bien contactez la STM pour connaître les horaires de passage (514-786-4636 + 7)
« Point de fuite » est une installation de Rose-Marie E. Goulet, artiste en art visuel et conceptrice avec la collaboration de Chantal Dumas, artiste sonore et la Société des Transports de Montréal (STM).