.dpi est un média alternatif et un espace de création engagé, favorisant les échanges au sujet des femmes et des technologies

Retour sur un mandat : .dpi culture et pixels au féminin :: Par Paule Mackrous et Émilie Houssa

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C’est sous le thème « Cité à comparaître? » qu’ont été lancées les journées d’études sur les revues culturelles du Québec, organisées par le CRILCQ, le 27 et 28 novembre 2008. Cette rencontre nous a permis de mettre en lumière des interrogations fondamentales pour la consolidation du mandat de .dpi telles que : Comment élaborer une revue spécialisée à partir de la triade art, femmes et technologies ? Comment le lien entre la revue et le Studioxx est-il articulé ? Mais aussi, en quoi .dpi se positionne-t-elle comme revue engagée? Quelle place tiennent les femmes dans le processus de la revue? Ou encore, quelle place occupent les technologies dans la revue tant dans son élaboration que dans les sujets qu’elle traite? Ces interrogations nous ont donné la possibilité de revenir sur l’historique et le mandat de .dpi, un retour qui nous a permis d’affirmer l’originalité de la revue.

.dpi est né de l’envie de créer un forum interdisciplinaire à la fois créatif, critique et engagé socialement permettant de créer un lieu d’échanges pour les femmes chercheures travaillant avec les technologies, les femmes artistes oeuvrant dans le domaine des nouveaux médias et les communautés cyberféministes. Ce mandat se résume en une phrase synthétisée sur la bannière de chaque numéro : « .dpi est un média alternatif et un espace de création engagé, favorisant les échanges au sujet des femmes et des technologies ». Pour être encore plus précise, .dpi signifie dots per inch (point par pouce), mais au delà d’une résolution numérique le point du titre et les points pixels évoqués dans l’expression font aussi allusion aux points de couture. Cette idée rappelle à quel point le travail des femmes a constitué le fondement de la pensée et de la visualisation de la matrice des ordinateurs.

Bannière dpi no1

Le premier numéro de .dpi voit le jour le 25 août 2004. Ce numéro est le produit d’une pensée et d’une envie nées lors de réflexions lancées durant une table ronde du festival HTMlles 2001. L’idée est alors de créer un espace qui encourage la discussion et le partage entre différentes femmes artistes et activistes. Cet échange se veut alors international et le Web apparaît comme le meilleur moyen de constituer ce forum en continuité du festival. Le Studioxx décide donc d’allouer un budget pour démarrer une revue. C’est alors le comité de programmation du Studio qui est en charge de la revue. Le premier numéro est dirigé par Patricia Kearns, Sarah Brown prend ensuite la direction des 3 numéros suivants et lance les premières demandes de subventions. Durant ces quatre premiers numéros la revue évolue beaucoup mais de nombreux changements sont encore à venir. Premièrement l’équipe du comité de rédaction se forme peu à peu notamment en faisant appel à des personnes extérieures au Studio comme Mélina Bernier, mais aussi en désignant des personnes spécifiquement responsables de .dpi au sein du Studioxx, comme Miriam Verburg pour le visuel de la revue. Deuxièmement, ces quatre premiers numéros sont restés très montréalais, l’aspect international se développe au fur et à mesure des numéros qui suivent en intégrant des artistes et des auteures qui résident en dehors de Montréal, du Québec et parfois même d’Amérique du nord (je pense notamment ici aux auteures/artistes Morvary Samaré et Børrea Schau-Larsen, respectivement iranienne et norvégienne, pour l’article Promise Land: Broken Dreams du numéro 11). Enfin, la forme même de .dpi s’est construite également au fil des années. Les numéros 2 et 3 ont, par exemple, expérimenté la forme de blog (cette forme a été abandonnée pour de raisons techniques mais la volonté de créer une plateforme d’échange via .dpi reste toujours un point fondamental). D’autre part, l’idée d’une partie chronique arrive dans le numéro 10, avant cela les numéros se composaient d’articles et d’entrevues. La forme et l’identité de la revue sont encore en évolution à l’heure actuelle. Par exemple, comment le lien entre la revue et le Studioxx est-il articulé ?

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Si la revue est devenue relativement indépendante financièrement, ses objectifs et son mode de fonctionnement restent très affiliés au Studioxx. L’affiliation de .dpi au Studioxx lui donne une force dans ses prises de positions fondamentales (sur le rapport femmes technologies par exemple) et une visibilité importante pour une revue relativement jeune. Cependant, du fait sûrement de son jeune âge, ces positionnements ne sont pas encore bien affirmés et certaines questions restent encore à débattre au sein du comité comme par exemple ce que nous entendons par l’engagement de la revue.

Que signifie être une revue engagée? Comment se traduit l’engagement pour une revue culturelle aujourd’hui? Être engagé est une expression très courante mais peu définie et souvent mal interprétée. Être engagé c’est un état, certes, comme le souligne le verbe être, mais c’est aussi paradoxalement une action. On est rarement engagé dans le « rien faire ». On s’engage dans quelque chose mais aussi pour, contre ou avec quelque chose. Cette petite parenthèse peut paraître anodine mais elle me semble fondamentale dans toute pensée d’un engagement social, politique et/ou culturel. Une revue est engagée dans le choix des sujets qu’elle traite évidemment, mais aussi, et surtout, dans la façon dont elle va les traiter. Ce traitement comprend le choix des gens désignés, le mode de production, de financement et de diffusion. Si on jette un rapide coup d ‘œil aux mandats des revues culturelles qui se revendiquent engagées toutes reviennent à la même volonté : proposer par leurs pages ou leurs sites une plateforme alternative qui dépasse le système officiel imposé. .dpi s’inscrit dans cette lignée. Elle propose une plateforme alternative en ouvrant un espace de discussions et d’échanges pour les femmes sur les arts et les nouvelles formes technologiques. Cet espace se crée via deux modes de fonctionnements qui sont deux véritables revendications : l’open source et la voix des femmes.

.dpi propose en effet son contenu en open source en utilisant Drupal. Ce système permet de sortir du formatage visuel et économique imposé par les grandes compagnies de logiciels. Cela permet également de réserver nos subventions pour payer les auteures et artistes qui collaborent aux numéros. Ces femmes, plus exactement leurs paroles, leurs idées constituent l’autre point fondamental qui fait de .dpi une revue engagée. Un engagement non pas sur les femmes mais avec, par les femmes.

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Comment élaborer une revue féministe sans faire d’études féministes et sans s’inscrire dans un courant de pensée féministe précis? Il y a certainement plusieurs manières d’être féministe et par extension, de concevoir une telle revue. Ceci étant dit, la plupart des revues adoptant une posture explicitement féministe sont des revues scientifiques, révisées par des pairs, dans lesquelles on retrouve des articles relevant spécifiquement des études féministes. .dpi n’est pas une revue d’études féministes à proprement parlé comme ces revues qui s’intéressent de manière très pointue à l’analyse de l’expérience sociale des femmes, de la place des femmes dans la société ou dans le rapport qu’elles entretiennent avec les phénomènes médiatiques. Par son mandat de diffuser principalement des textes traitant des pratiques artistiques et technologiques de femmes et par son engagement à diffuser les textes d’auteures féminines, .dpi fait littéralement une place aux femmes dans la société. Sur ce critère de la revue, son rôle est entièrement en acte. C'est pourquoi .dpi s’est efforcée, jusqu’à maintenant, de maintenir le statut d’une revue rédigée et coordonnée uniquement par des femmes. Elle offre ainsi un espace alternatif sans pour autant qualifier les perspectives abordées de proprement féminines et sans générer une autoréflexion sur un état de marginalité. Nous croyons essentiel de promouvoir l’œuvre des femmes, mais nous souhaitons également que les auteures soient libres de réfléchir sur les phénomènes qui les intéressent. Cela étant dit, tout en encourageant principalement les textes portant sur des pratiques féminines, les perspectives de femmes sur différents phénomènes technologiques, sans que celles-ci soient soumises à l'examen du genre, sont aussi importantes pour la revue. Le fait que .dpi constitue peu à peu des corpus d’œuvres d’artistes féminines est toutefois primordial lorsque l’on considère l’histoire de l’art, par exemple, qui, jusqu’aux années soixante, est une histoire d’hommes artistes essentiellement racontée par des hommes. La revue génère ainsi un lieu où se tisse, au fil des numéros et des récits de théoriciennes et artistes, une mémoire collective de femmes préoccupées par les enjeux de différentes pratiques culturelles et technologiques.

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La dernière particularité de .dpi évoquée en introduction est l’aspect technologique. .dpi est une revue électronique qui parle de pratiques technologiques. Comment rendre signifiant cet aspect de la revue ? .dpi, jusqu’à tout récemment, se présente comme plusieurs revues artistiques en ligne. Elle s'apparente à une revue papier, avec une table des matières élaborées selon une structure arborescente ayant l’avantage pour le lecteur de pouvoir s’orienter facilement. Le caractère rhizomatique et hypermédiatique que permet le Web est peu exploré, si ce n’est de quelques hyperliens et des images. L’hypermédia permet bien sûr l’arrimage de textes, sons, images, vidéos et animation dans une même interface. Généralement, .dpi utilise uniquement des photographies pour créer la bannière des différents numéros. Pour le numéro 10, la coordonnatrice et rédactrice en chef, Chantal Dumas, a proposé à une artiste ayant participé au Festival Htmlles de créer une animation pour la bannière sur la page de la revue. L’oeuvre était de plus discutée au sein de ce numéro dans un des articles qui rendaient compte du festival. Cette œuvre, qui jouait déjà sur des rapports spatiaux, vient créer un effet particulier dans son adaptation Web. Les créatures 3D interfèrent, par le toucher, avec les éléments 2D de la page de la revue, ce qui créé un effet très intéressant. Cette expérience récente nous encourage à explorer davantage l'incorporation de sons, de vidéos et d'animations au sein de .dpi, les possibilités technologiques évoluant toujours et permettant plus facilement ces arrimages.

Du fait du jeune âge de la revue, les positionnements que nous venons d'exposer ne sont pas encore bien affirmés et certaines questions restent à discuter. Cette présentation nous a poussées à remettre sur table des interrogations fondamentales pour les revues qui se penchent sur ces entités que sont l'engagement, le féminisme et les technologies. Mais s'il est important de se définir par rapport à elles, celles-ci sont en transformation constante. Il est donc pertinent de repenser régulièrement nos positionnements face à elles. Cette chronique invite donc les lecteurs et lectrices de .dpi à fournir leurs commentaires de toute sorte quant au mandat de la revue.

Biographie:

Paule Mackrous

étudie présentement au Doctorat en Sémiologie à l’Université du Québec à Montréal pour lequel elle s’intéresse à l’effet de présence. Ses objets d’études sont principalement liés aux formes d’art émergentes sur le Web (arts hypemédiatiques, mondes virtuels). Elle collabore, par son écriture, à plusieurs revues d’art actuel et contemporain et participe aux comités de rédaction de DPI, la revue électronique du Studio XX ainsi que Bleuorange : revue de littérature hypermédiatique. Elle travaille comme adjointe de recherche au Nt2 : le Laboratoire sur les œuvres hypermédiatiques. Depuis plus d'un an, elle rédige son blog "Effet de présence" visant à fournir des réflexions, références et oeuvres en lien avec la question de l'effet de présence en histoire de l'art.

Émilie Houssa

Émilie Houssa étudie au doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM sous la direction de Joanne Lalonde et Sylvie Fortin. Son sujet de recherche porte sur le cinéma documentaire au regard du système d’information médiatique contemporain. Cette étude cherche à comprendre comment réinvestir l’action documentaire aujourd’hui. Ce travail s’articule autour de trois notions : la démarche documentaire, le discours critique et la fiction documentaire. Ces recherches alimentent une réflexion plus personnelle menée au sein du comité de rédaction de .dpi (revue électronique dont elle a dirigé deux numéros), de groupes de recherche comme Figura à l’UQAM (pour lequel elle organise un colloque en mai 2009 sur la figure du passage) ou de groupes de lecture comme Penser la théorie à Concordia (avec lequel elle rédige un ouvrage collectif, à paraître à l’automne 2009, sur la transmission de la théorie en art). Elle a également contribué, entre autre, au numéro 32 de la revue Vertigo, au numéro 14 de la revue Spleet Screan et à un ouvrage collectif : Le Rebelle et l’Empereur. Étude sur Star Wars, dirigé par Pierre Berthomieux.