Art pour insomniaques : la sixième nuit blanche de Montréal :: Par Maryse Boyce
Chronique actualité ::
Ce 28 février 2009 se déroulait la sixième nuit blanche de Montréal. L’espace de quelques heures, la ville a mis le sommeil de ses résidents à l’épreuve et a remporté la lutte. Il faut dire qu’elle avait en main de nombreux atouts : le métro ouvert toute la nuit, les musées gratuits et des activités partout à travers la ville. Pour la première fois, Montréal a même recueilli dans ses souterrains pas moins de 80 artistes actuels pour une métamorphose nocturne.
Couleur culturelle
Cette initiative d’art souterrain revient à Frédéric Loury, de la galerie [sas], également commissaire de l’événément. Installé à Montréal depuis quelques années, il remarquait l’engouement de plus en plus grand du public pour les différents musées de la ville lors des nuits blanches, et voulait profiter de cet intérêt pour permettre à l’art d’investir d’autres lieux. Parallèlement, M. Loury trouvait dommage que le Montréal souterrain, un endroit aux mille potentiels, soit seulement exploité pour ses fonctions commerciales et comme moyen de déplacement.
Avec ce projet, il souhaitait redonner une couleur culturelle au Montréal souterrain. Loury a fondé un organisme à but non-lucratif dédié à cette mission, afin d’impliquer différents diffuseurs et artistes pour que tous puissent bénéficier d’une nouvelle plate-forme créée pour eux. Le premier événement d’Art souterrain en a été un d’envergure : un parcours de 2,8 km divisé en 10 pôles, le tout aménagé de façon à ce que les visiteurs puissent se reposer un moment et profiter des oeuvres qui s’offraient à eux.
« Une de nos missions à Art souterrain est de changer la vision du grand public par rapport à l’art contemporain. » nous dit Loury. Pour mieux réaliser cet objectif, l’organisme a fait appel à des étudiants des quatre universités montréalaises, anglophones comme francophones, afin de jouer le rôle de médiateurs culturels. 160 bénévoles étaient donc au poste toute la nuit afin de mieux présenter chacune des oeuvres exposées et de répondre aux questions du public.

© Karine Giboulo, All You Can Eat, 2008. Photo: aimablement fournie par Art souterrain
Environ 90 artistes ont participé à l’événement : des photographes, notamment le Mouvement d’Art Public (MAP), des artistes sonores et des artistes travaillant l’installation. Une grande part a été laissée à l’art médiatique. Nelly-Ève Rajotte, également membre du comité de programmation du Studio XX, présentait sous une nouvelle forme son projet « Valo », intitulé pour l’événement « Valo in situ ». Elle explique : « J’avais filmé dans le corridor de la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2004, et j’avais aussi fait des prises de son. J’aime transformer les lieux dans mes vidéos pour ne pas qu’on les reconnaisse, et c’est pour ça que je filme souvent quand je suis en voyage. Valo a souvent pris la forme d’une installation son et vidéo, monobande surtout, mais comme le projet était présenté dans le même lieu qu’il a été filmé au départ, j’ai décidé de n’utiliser que du son et de faire vivre aux visiteurs ce qu’ils auraient vu sur la vidéo ». Huit haut-parleurs ont donc été disposés dans le couloir de manière à recréer le parcours, une adaptation tout à fait d’occasion pour cette oeuvre qui a été présentée à de nombreux endroits dans le monde.
Un collaborateur précieux
Toutes ces initiatives n’auraient pu être possibles sans une entente avec la STM, qui a accepté d’ouvrir le métro pour toute la nuit blanche. De son côté, Art souterrain prévoit poursuivre dans sa lancée, notamment avec un calendrier d’événements tout au long de l’année. Des collaborations futures entre la STM et l’organisme sont souhaitées; dans un premier temps, quatre stations ont été retenues pour leur situation géographique et leur grand potentiel pour des installations : Square-Victoria, McGill, Place-des-Arts et Champ-de-mars. Frédéric Loury explique : « Cela n’exclut pas d’autres stations éventuellement, mais pour le moment, ce sont les quatre qui nous intéressent le plus. Les stations de métro proposent de l’art public d’une certaine génération, bien que les trois plus récentes intègrent un art plus jeune. Nous pensons qu’il y a moyen de faire plus, d’exploiter différemment l’espace avec des oeuvres plus représentatives de ce qui se fait actuellement ». Avec tous ces projets, et un début aussi réjouissant, le futur semble lumineux pour le Montréal souterrain.
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