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Archives en ligne; nos coups de cœur :: l’équipe de rédaction .dpi

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L’autoroute de l’information a été l’un des grands rêves technologiques des années ’90. Il reposait sur la possibilité, apportée par Internet, de transmettre des données et de donner accès à de l’information sous forme de contenus multimédia et ce, au service de l'ensemble des populations, sur les plans national et international et de façon interactive. Ce rêve est aujourd’hui une réalité bien concrète.

Il nous est apparu intéressant de signer un article collectif dans lequel nous allions répertorier nos sites préférés. Nos choix sont suggestifs et la liste, non exhaustive. Les sites proposés ont en commun de rassembler des artistes et des oeuvres contemporains issus des champs médiatique, hypermédiatique, Web, sonore, vidéo, etc… Certains sites représentent des plates-formes regroupant des chercheurs qui étudient la question de la conservation et la préservation des oeuvres médiatiques. Des sites sont subventionnés (NT2, DOCAM, Matricules) et d’autres tout-à-fait indépendants (UbuWeb). L’objectif commun est de mettre en lumière un matériel significatif et souvent trop peu accessible.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous semble intéressant de signaler une initiative
gouvernementale fédérale canadienne symbolisant cette dynamique d’ensemble. Cette initiative vise à encourager le développement d’archives en ligne, en octroyant des subventions depuis neuf ans, par le biais du programme Culture canadienne en ligne de Patrimoine Canadien.

Cette initiative repose sur deux fonds : le Fonds des partenariats et le Fonds de la passerelle du programme, qui ont vu le jour respectivement en 2001 et 2004.
« L’objectif étant de rendre disponible aux Canadiennes et aux Canadiens le contenu culturel numérisé qui aidera à promouvoir la richesse de la culture, de l'histoire, des arts et du patrimoine du Canada.» 1.

Le Fonds de la passerelle encourage la création de contenu culturel en ligne présenté par les Autochtones et les communautés ethnoculturelles du Canada. Tandis que le Fonds des partenariats vise à soutenir des partenariats, entre des organismes des secteurs privé, public et à but non-lucratif, ayant pour objet la numérisation de collections culturelles canadiennes à des fins de diffusion en ligne.

Il fut impossible d’obtenir la liste complète des organismes qui ont bénéficié de ces fonds à travers le temps, ni du montant global de l’enveloppe budgétaire octroyée au cours de dernières années pour ces deux fonds. Par contre, un calcul rapide basé sur budget annuel de 7.5$ milliions permet d’évaluer ce montant à $67.5 millions pour le Fonds de partenariats réparti sur un période de 9 ans et de 9 millions sur 6 ans pour le Fonds de la Passerelle (1.5 million /an). Environ une vingtaine de projets seraient annuellement acceptés en Partenariats et 25 en Passerelle.

L’agent d’information nous a appris que les Fonds de la passerelle et des partenariats seront administrés par le ministère jusqu'au 31 mars 2010. Après d’une décennie, les fonctionnaires du Ministère examinent diverses options à propos d'une approche future liée à l'appui au contenu numérique culturel et à l'innovation. On ignore en ce moment si les Fonds seront reconduits.

Pour connaître le détail sur organismes subventionnés, vous pouvez vous référer à ces années :
Fonds des partenariats
www.pch.gc.ca/pgm/pcce-ccop/reacc/2006-07-part-fra.cfm

Fonds de la passerelle
www.pch.gc.ca/pgm/pcce-ccop/reacc/gtwy_fnd_06-07-fra.cfm

Et voici donc nos sites coups de coeur.

DOCAM

L'alliance de recherche DOCAM travaille, par le truchement de ses différents comités, à mettre en place des méthodologies et des outils qui correspondent à la réalité des oeuvres technologiques afin d'en assurer une conservation adéquate. À cette fin, le comité Documentation et archivistique se consacre à la mise en place de ressources adaptées aux composantes technologiques qui se retrouvent dans les oeuvres. Le projet « Étude de cas », par exemple, offre des rapports détaillés des questions soulevées par une œuvre choisie par le comité et des solutions misent en place pour la préserver. Construit à partir de cas concrets, ces rapports soulèvent de façon originale les enjeux théoriques et pratiques de l’archivage en art médiatique. En plus de publier des articles sur leurs travaux, ils organisent chaque année un sommet pour faire le point sur les recherches en cours. Les vidéos des présentations à ces sommets sont disponibles pour une consultation en ligne. Le site de DOCAM propose aussi des bibliographies fournies sur les œuvres technologiques et sur l'archivage. Le comité Terminologie remplit un mandat important pour soutenir la qualité des programmes d’archivage. Ils travaillent à mettre en place une solution informatique qui permettra d’utiliser à bon escient les ressources terminologiques déjà existantes.

Marcel TV

Le projet de Marcel TV est de mettre en place une archive sur le long terme des œuvres d’art vidéo. Pour ce faire, Marcel travaille avec des artistes/membres/partenaires qui cèdent leur droit d’utilisation sur l’ensemble de leurs œuvres. Les artistes deviennent membres/partenaires à part entière du projet, à partir du moment où ils cèdent leurs droits, ils peuvent ainsi effectuer les modifications qu’ils souhaitent sur leurs œuvres présentées. Les deux projets pilotes sont la mise en ligne de toutes les bandes du couple de cinéastes Steina et Woody Wazulka et celles de Gary Hill. Les bandes s’accompagnent également des textes produits autour des oeuvres (des textes critiques ou des textes des artistes eux-mêmes). L’idée ici est de récolter un maximum de textes directement en provenance des artistes pour donner aux bandes un aspect pédagogique. Le projet pédagogique est au cœur de Marcel TV, tout autant que la volonté d’archivage. Certaines des bandes ne sont, en effet, plus ou pas accessibles, les textes permettront alors d’en proposer un certain accès. Le stockage effectué par Marcel se fait en format non compressé, mais ce qui est accessible sur le site de Marcel TV est le format proxi qui est, quant à lui, une compression. Le principe ici est de ne pas avoir à modifier l’archivage effectué des oeuvres quand il y a une modification dans les techniques d’archivage, seul ce qui est compressé est alors changé. L’idée c’est d’aller au-delà d’une simple numérisation pour éviter de refaire l’ensemble de la collection à chaque modification technique. L’interface compressée sert avant tout à donner un accès à ces archives sur le Web. L’autre point essentiel de ce projet est d’arriver à ce que les artistes puissent directement mettre en ligne leurs bandes et leurs textes. Pour ce faire, Marcel travaille avec le Centre Pompidou qui a mis en place le logiciel Ligne de Temps . Ce logiciel permettra également aux visiteurs d’envoyer leurs commentaires sur les œuvres.

Matricules

Matricules est un projet d’archive en ligne, un registre imagé et documentaire de l’histoire du Studio XX, un centre d’artiste féministe engagé dans l’exploration, la création et la critique en art technologique. Cette archive propose un regard artistique sur le parcours du centre depuis sa fondation en 1995. L’ensemble des documents produits dans le cadre des activités du centre y sont archivés (textes critiques, communiqués de presse, documentation d’événements et présentation de projets). La base de données de l'archive Matricules relie les individus, événements et les documents qui y sont contenus. L’interface principale présente un tableau imagé de tout son contenu par type d’événement et par mois, une sorte de tissage qui illustre l’ensemble de l’histoire du Studio XX. Ce prototype a été développé avec le système de gestion de contenu (CMS) Drupal, un outil de création de site Web libre (“open source”).

Le NT2

Le NT2, Laboratoire sur les œuvres hypermédiatiques, a pour visée de promouvoir la lecture, l’étude, la création et l’archivage de textes et d’œuvres hypermédiatiques. Le projet central et le plus volumineux du laboratoire est son Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques, une base de données dans laquelle sont répertoriées, décrites et imagées plus de 3000 œuvres. Ce répertoire permet ainsi, par le truchement d’un dispositif de recherche par facettes, d’explorer la production artistique et littéraire hypermédiatique à l’aide des différents mot-clés élaborés par ses fondateurs. Les fiches les plus élaborées proposent également des captures vidéographiques de navigation dans les œuvres, ce qui contribue grandement à une forme d’archivage. Plusieurs autres projets font écho à ce répertoire. Des dossiers thématiques, rédigés par les adjoints de recherche du NT2, explorent de manière plus analytique le contenu du répertoire en les rassemblant autour d’un sujet particulier, par exemple, l’adaptation transmédiatique, les webcomics, la figure du livre. Le projet Derrière l’écran propose des entrevues avec des artistes hypermédiatiques, sous forme de vidéo. Le but en est de comprendre le processus de création d’une œuvre répertoriée dans la base de données. Ces projets permettent en même temps une forme d’archivage des œuvres issues de l’hypermédia, fragiles et éphémères à cause de l’obsolescence rapide des technologies qui les sous-tendent. Le laboratoire est dirigé par Bertrand Gervais, professeur au Département d’Études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Joanne Lalonde, professeur au Département d’Histoire de l’art de la même université, en est la directrice intérimaire pour l’année 2008-2009.

Rhizome.org

Rhizome.org a pour mandat de promouvoir la création, la présentation, la préservation et l'interprétation des pratiques artistiques émergentes qui exploitent les technologies. On n'y encourage et soutient les artistes qui travaillent à la fine pointe de l'expérimentation technologique et qui répondent aux implications esthétiques et politiques des nouveaux outils et médias. Depuis sa création en 1996, Rhizome a su jouer un rôle important dans l'histoire, la définition et l'évolution de ces formes d’art. Le site web inclus des expositions et événements, des projets de commissariat, des dépêches quotidiennes sur les arts et une importante archive numérique dédiée à l'art des nouveaux médias. Fondée en 1999, cette archive, "ArtBase", contient aujourd'hui 2465 œuvres et continue de croître. On y trouve des œuvres provenant de tous les coins du monde Ces œuvres, créées par des artistes d'origines diverses, emploient des matériaux tels que les logiciels et codes informatiques, les sites web, les images en mouvement, les jeux et navigateurs. Les artistes peuvent facilement y soumettre une œuvre. Le système de classement est déterminé par les termes que l'artiste assigne à son œuvre. Ces termes peuvent être repêchés dans la liste de vocabulaire de Rhizome ou créés par l'artiste. Lorsqu'un nouveau terme atteint un certain niveau de popularité, celui-ci entre officiellement dans le lexique de Rhizome. Ainsi, Rhizome propose une archive communautaire exponentielle qui, dans son processus de préservation, définit et interprète une pratique artistique contemporaine.

UbuWeb

Fondées en 1996 par le poète états-uniens Kenneth Goldsmith, les archives en ligne UbuWeb sont une ressource complètement indépendante vouée à toutes les tendances de l’avant-garde, ethnopoétique, et les arts en marge [outsider].
UbuWeb n’est affilié à aucun groupe, université ou association. Cependant, quelques universités et partenaires offrent généreusement un espace serveur ou une bande passante, sans restrictions ni regard sur le contenu. Tout le matériel mis en ligne est disponible à des fins non-commerciales et éducationnelles.
UbuWeb est devenu un site incontournable, une source de référence dans le domaine des arts visuels, de la poésie sonore et concrète et de la musique contemporaine. Depuis sa création, le site a grandi pour rassembler un grand nombre d'artistes proposant des centaines de gigabytes de fichiers audio, livres, textes et de vidéos. Une grande partie des documents réfèrent aux avant-gardes américaines. Il y a des documents très rares, non disponibles sur le marché (ce dernier point étant bien souvent un des critères de publication sur le site). Parmi les femmes artistes, on retrouve : Alison Knowles, Yoko Ono, Pipilotti Rist, Cindy Sherman; les musiciennes : Zeena Parkins, Shelley Hirsch, Ikue Mori, Sainkho Namchylak, Pauline Oliveros, l’écrivain Gertrude Stein et la chorégraphe Pina Bausch.

Une petite conclusion peut-être…

1. Patrimoine canadien : http://www.pch.gc.ca/pgm/pcce-ccop/index-fra.cfm