
Érotisme, sacré et philosophies de la physique moderne, le corps comme catalyseur du sens :: Isabelle Choinière
_Résumé: Isabelle Choinière est l’artiste en résidence du Studio XX de la période septembre-octobre 2006 où elle développe une nouvelle œuvre intitulée “Le corps indice”. Avec ce present texte, elle nous fait part de sa réflexion artistique, philosophique et spirituelle qui lie corps et technologie.
_Abstract: Isabelle Choinière is Studio XX’s artist in residence for September-October 2006, where she is developing a new project called “Le corps indice”. With the present article, she shares with us her artistic, philosophical and spiritual reflection linking body and technology.

L’approche artistique que j’ai développée dans les arts électroniques est liée intrinsèquement à mes expériences corporelles issues de la danse, mais elle est aussi activement influencée par une recherche et une réflexion ancrées dans le théorique. L’anthropologue Paul Stoller nous parle d’une épistémologie incarnée basée sur la construction d’une expérience des “lower senses” (1) qu’il faut réintroduire dans nos sociétés et qui nous viendraient principalement de cultures non-occidentales. Il parle également d’un processus d’apprentissage à rééquilibrer:
“To accept sensuousness in scholarship is to eject the conceit of control in which mind and body, self and other are considered separate [...] To accept sensuousness is… to lend one’s body to the world and accept its complexities.” (2)
“... and so sensuous scholarship is ultimately a mixing of head and heart. It is an opening of one’s being to the world – a welcoming. Such embodied hospitality is the secret of the great scholars, painters, poets, and filmmakers whose images and words resensualize us.” (3)
Ce texte visera à expliquer un des liens constituant une matrice pressentie autour des principaux axes qui forgent l’essence de mon travail; ce dernier se situe au croisement des arts vivants (de la danse) et des arts médiatiques. Je voudrais expliquer la nature rituelle et érotique présente dans toute mon oeuvre et son lien avec mon approche du corps et de la technologie. Ce texte tentera de démontrer la relation entre l’érotisme, une expérience perceptuelle élargie (dilatée, qui est amenée par “l’intelligence du corps”) et la notion d’interconnectivité et de conscience globale.
En matière de danse, lors de mon parcours, j’ai pu répertorier trois principales approches philosophiques qui motivent le discours du corps en danse et le lien qu’il créé avec la technologie.
Le philosophe français de la technique, François Laruelle, sépare ces approches en deux grandes catégories; il présente le corps comme l’essence, la cause, la dernière instance de la technique.
bq. “De quel corps s’agit-il ? Celui qui est défini par le vécu d’une identité indivise ou d’une immanence radicale: ni sujet aliénant, ni objet aliéné dans l’instrument. Ce corps immanent et indivis, impartageable ne peut donc pas subir la récurrence du circuit technologique… D’où le corps immanent est bien un “renvoi” ou une “transcendance” (mais indivise), voilà la différence. C’est donc une pulsion que l’on dira non-positionnelle de soi. Le corps agit sur le monde sans sortir de soi, sans mimer le type d’efficace du monde lui-mème, sans s’identifier à lui comme le supposent toutes les philosophies de la technique. Ce type de causalité signifie que la cause reste en elle-mème, ne s’aliène pas dans l’objet “sur” lequel elle agit ou dans l’instrument dont elle use.” (4)
De cette proposition, je puis distinguer deux tendances :
1. la relation positionnelle de soi via la technique que me semblent proposer des philosophes tel que Descartes (dualisme);
2. la relation non positionnelle de soi via la technique que me semblent proposer des philosophes tel que Fritjof Capra.
Beaucoup de danseurs et performeurs du corps prennent position dans la première catégorie en se ralliant à deux approches différentes :
1. celle issue du dualisme ou le corps est compris et proposé comme une des composantes de la machine tel le danseur Yacov Shariv (image 1 performance Yacov) et l’artiste catalan Marcel Antunes Li (image 2 performance Marcel Antunes Li) venant de la performance théàtrale avec son travail Epizoo ou encore Stellarc (image 3 performance stellarc), un artiste australien de la performance ;
2. celle inspirée d’un système de nodes et de rhizomes (théories développées par Deleuze) et interprété par des chorégraphes telle que Carol Brown. (Image 4 performance Carol Brown)
Mon approche puise ses sources dans la deuxième catégorie ou je retrouve un écho à ma formation et mon expérience de danseuse.
La perception du monde inscrite dans mon processus relève de la pensée orientale qui présente le monde intérieur et le monde extérieur comme deux aspects de la mème étoffe – et qui remettent en question la notion mème de surface, de frontière corporelle – dans laquelle les fils de toutes les énergies et de tous les phénomènes, de toutes les formes de conscience et de leurs objets, sont tissés en une trame continue de relations infinies et mutuellement conditionnées. Cette prise de position remet en cause plusieurs choses et engage une redéfinition de la notion de limite, de temps et de réalité. L’expérience du corps enrichie par des entraìnements de diverses cultures nous amène à une expérience de l’intériorité qui conduit à des états de conscience élargie. Plusieurs artistes ont eu cette expérience et l’ont exprimé par des sculptures. (Image 5 de la scupture de Dallas et image 6 de l’Afrique)
Capra amène l’idée que les concepts de la physique moderne offrent souvent des parallèles surprenants avec les idées exprimées dans les philosophies religieuses de l’Orient. Ces idées sont apparues dans les années 60 et 70 alors que les grands physiciens de notre siècle (Oppenheimer, Bohr, Heisenberg) étaient en contact avec la culture orientale durant leurs tournées de conférences aux Indes, en Chine et au Japon. À la relecture de Capra, je me suis demandée si, plutòt qu’ètre à l’aube de cette “nouvelle compréhension”, nous n’étions pas plutòt dans un retour à un savoir ancien oublié. Les théories de Stoller, ainsi que celle de Capra en témoignent. (5 )
La philosophie occidentale étant la philosophie dominante, elle installe un déséquilibre que Stoller dénonce. Pour lui, l’utilisation de la notion d’incarnation amène la critique à la fois de l’eurocentrisme et du phallocentrisme qui prédisposent la pensée savante – comment elle considère le corps principalement comme un texte qui peut ètre lu et analysé. Stoller affirme que cette attitude est en elle-mème Eurocentriste et est particulièrement inappropriée pour les anthropologues, qui souvent travaillent dans des sociétés ou la notion mème de texte, et son interprétation, sont des notions importées, donc étrangères. Dans plusieurs de ces sociétés, non seulement la notion de lecture et d’écriture sont-elles sans importance, mais le mode perceptuel principal est plutòt la vision. Les sens inférieurs sont d’ailleurs ici centraux à l’organisation métaphorique de l’expérience de ces sociétés.
Dans une approche chorégraphique, la notion d’écriture vient de cet enseignement occidental. Mais pour ne pas que cette écriture soit stérile (si l’on n’adopte pas une approche strictement conceptuelle), elle doit se doubler d’une “vie” qui est exprimée par “l’interprétation” (ici citée en dehors de la notion de personnages), soit d’atteindre des “états” ou le corps agit alors comme un “activateur de sens” et un “catalyseur” des divers niveaux d’énergies sollicitées.
Des entraìnements tel que l’apprentissage des “maitris” (enseignements de Bouddhisme tibétain) enseigné par le Naropa Institute en Californie,(6) des entraìnements de méditation et d’art martiaux tel que le T’ai Chi Ch’uan sont toutes des méthodes corporelles qui amènent à un éveil particulier de la conscience, une approche non sensorielle de la réalité. Tous ces entraìnements corporels mènent à vivre un état de conscience élargie.
Le lien avec le religieux, le sacré m’intéresse; et plus particulièrement le point de vue de Georges Bataille. Bataille approche donc le phénomène du religieux en abordant une réflexion sur l’expérience interne de l’ètre et en reconnaissant une valeur à l’objectivité qui est liée à l’expérience personnelle. Bataille apporte la notion de discontinuité de l’ètre dans plusieurs aspects de sa réflexion, soit dans le rituel et dans l’érotisme. Je suggère que la notion de discontinuité de l’ètre, tel qu’il l’aborde, soit plutòt comprise comme un passage entre deux états de conscience, entre deux dimensions différentes. La violence à laquelle il s’est attaché est, selon moi, liée au contexte de meurtre où ont été faits certains de ces rituels. À mon avis, la notion de changement de consciences et d’états, la notion de transformation, est ce qu’il est important de retenir, car c’est de cela que relève le sacré. Voici comment Bataille présente cette notion importante:
bq. “Dans le sacrifice, il n’y a pas seulement mise à nu, il y a mise à mort de la victime (ou de l’objet). La victime meurt, alors les assistants participent d’un élément que révèle sa mort. [...] Cet élément est ce qu’il est possible de nommer avec les historiens des religions: le sacré.� (8)
Bataille tient donc le discours que l’érotisme est un des aspects importants de la vie intérieure de l’ètre et qu’il est étroitement lié au religieux. Il précise sa pensée en ces mots :
bq. “Mon intention est, au contraire, d’envisager dans l’érotisme un aspect de la vie intérieure si l’on veut, de la vie religieuse de l’homme… L’érotisme, je l’ai dit, est à mes yeux le déséquilibre dans lequel l’ètre se met lui-mème en question, consciemment. En un sens, l’ètre se perd objectivement, mais alors le sujet s’identifie avec l’objet qui se perd. S’il le faut, je puis dire, dans l’érotisme: je me perds” (9)
Le sacré, l’érotisme et les états de conscience élargie tissent des liens complexes dans l’intériorité de l’ètre. Plusieurs artistes ont pressenti ces liens entre l’érotisme et les états de conscience altérée qui trouvent une assise philosophique chez Capra. Cette complexité infinie de toute relation dans le vivant a été exprimée par Rubens, Botticelli qui se sont eux-mème inspiré des fresques sensuelles de Pompéi, ou encore par les artistes anonymes des fresques érotiques du temple Khajur�ho en Inde.

(image 7 de Rubens et image 8 de Botticelli)

(image 9 Pompéi et image 10 fresque d’Inde)
Ces enseignements de Bataille ouvrent une porte à ce lien avec l’orgiaque. Voici un témoignage d’une femme participant à une orgie et qui vit l’expérience de fusion, de la perte de limite, de soi, tel qu’on l’évoque dans cet article :
bq. “Orgie, c’est peut-ètre un grand mot: nous n’étions que trois. Mais quelqu’un a dit que l’infini commence par le nombre 3. Je n’exagère pas en disant que ce que j’ai vécu, cette nuit-là, avait la saveur de l’infini [...] Sensation glorieuse de l’absolu plaisir, sans nom, sans attache, qui te largue! J’aime cette giclée d’adrénaline qui creuse les reins quand je bascule dans l’espace sans limites.� (10)
Georges Marbeck, auteur du livre Orgies, parle d’un état ou l’ètre tout entier se fond avec les forces et les formes de l’univers et où l’on rejoint l’éternité de l’infini!
Ces états ultimes que l’on décrit ici et amené par la voie de l’érotisme sont de l’ordre du religieux et non du christianisme. Bataille précise:
bq. “La détermination de l’érotisme est primitivement religieuse [...] l’histoire des religions ne peut supprimer l’expérience intérieure qu’il a ou qu’il eut de la religion (le savant parle du dehors). Car je parle, moi, de la religion du dedans, comme un théologien de la théologie. La religion dont je parle n’est pas comme le christianisme une religion.” (11 et 12)
Il est intéressant de noter que le Christianisme est intimement lié aux fondements philosophiques des cartésiens qui prònent la séparation du corps et de l’esprit et qui voient le corps comme une prison dans laquelle est emprisonné l’esprit. (13)
Dans la démarche et la réflexion qui est la mienne, il me semble donc pertinent de lier le sacré à l’érotique ainsi qu’à mon expérience des nouvelles technologies du point de vue philosophique adoptée. Le fantasme est un élément métaphorique qui m’est apparu important. Il est l’expression du virtuel dans sa composante organique la plus intense et apportera un élément de confusion des réalités qui est pertinent dans ce cadre. Tout un travail d’interprétation sera nécessaire pour atteindre les états altérés que j’évoque et qui feront en grande partie l’essence de l’oeuvre.
Un travail chorégraphique liant le concept d’interconnectivité et d’érotisme est en exploration et prend la forme temporaire “d’étude chorégraphique”.

Extrait vidéo 1 © Isabelle Choinière
Pour approcher les notions d’ouverture de limite, intuitivement les artistes nous ont préparés progressivement à ces changements, aux perspectives de décloisonnement. Déjà, au début du siècle, le cubisme, selon J.L. Weissberg, restitue :
bq. “l’intérieur et l’extérieur, le dessus et le dessous, l’avant et l’arrière et tout le reste en deux dimensions et rejette l’illusion de la perspective en faveur d’une conscience sensorielle instantanée de l’ensemble. Le cubisme et les récits qui déstructurent la durée sont des critiques réactives au continuum temporel, annonçant la contraction de la durée par la vitesse et non pas sa disparition (14) [...] Cette perception de la durée va subir de sérieuses distorsions en occident avec l’avènement des temps technologiques.” (15)
Pour ces raisons, je me suis intéressée au travail de Picasso. Sa dernière période – dite érotique – relevait de beaucoup des thèmes de cet article. Une étude posturale a été conçue principalement sur ces images (images 11 mettre 3 images picasso) . Elles ont été un moteur d’exploration pour ces idées qui relèvent de la fusion et de l’orgiaque.

Extrait vidéo 2 messe électronique
© Isabelle Choinière
Cette réconciliation du sacré, de l’érotique et des théories venant de la physique moderne présentées plus haut, m’a amenée à réfléchir sur certains liens qui peuvent exister entre les corps dits réels et virtuels. Les explorations liées aux notions de sacré et d’érotisme présentes dans certaines approches religieuses et/ou mystiques m’ont conduite à cet endroit où le sacré et l’érotique se rencontrent, où l’extase sexuelle et l’extase mystique sont les mèmes, à cet endroit où le corps devient énergie pure et où les chairs fusionnent dans un état de conscience altérée. L’essai de Roger Caillois, “L’homme et le sacré”, est une source d’inspiration constante et rejoint nombre de thèmes amenés par Bataille. (16)
Dans la représentation judéo-chrétienne du sacré, toute la notion du corps est en tension; le corps est représenté à travers l’histoire comme un corps sans chair (sans ombre, en aplat, etc), sans sexe (les anges, les vierges), un corps qui se bat pour apparaìtre. La notion d’ange est un des premiers concepts du virtuel. Je me suis intéressée à ce concept de tension à travers la notion de fantasme. Le fantasme nous trouble tant au niveau physique que psychologique. Mais le fantasme, c’est aussi la notion du corps dans sa virtualité et en mème temps dans sa réalité physique. L’idée du fantasme – son identité mème – m’intéresse. Je voudrais explorer ce concept de tension via deux choses: la notion d’inversion des réalités et les différentes manifestations du corps virtuel (sous la forme d’image, de lumière ou de son) pour renchérir sur l’intercommunicabilité des réalités.
À titre de conclusion, je dirais que ces expériences d’un autre ordre que les artistes tentent de mettre au monde, à travers des oeuvres, doivent se comprendre en dehors d’une comparaison avec “le réel”. L’expérience doit ètre réfléchie pour ce qu’elle est et non en référence à autre chose ou en comparaison à une dimension du réel qui, de toute façon, nous semble une perception partielle de ce qui peut ètre assimilé. L’on doit penser cette expérience mutante ou altérée pour ce qu’elle est, et non plus comme une perte ayant comme repère la réalité telle qu’on la conçoit rationnellement.
Notes
1. “Songhay peoples of Mali and Niger, whose religious and philosophical practices, smell, taste, and sound contribute profoundly to the construction of their experience, which means that their epistemology is fundamentally embodied.”
Stoller P, 1997 Sensuous Scholarship University of Pennsylvania Press : Philadelphia p. 3
2. Stoller P 1997 Sensuous Scholarship University of Pennsylvania Press : Philadelphia p. xvii
3. Stoller P 1997 Sensuous Scholarship University of Pennsylvania Press : Philadelphia p. xviii
4. Version orginale en français :
Francois Laruelle présente le corps comme l’essence, la cause, la dernière instance de la technique. “De quel corps s’agit-il ? Celui qui est défini par le vécu d’une identité indivise ou d’une immance radicale : ni sujet aliénant, ni objet aliéné dans l’instrument. Ce corps immanent et indivis, impartageable ne peut donc pas subir la récurrence du circuit technologique, il n’est pas à son tour affecté par la causalité technique et n’est pas une “pièce subjective” d’une machine ou d’un système plus vaste. Cependant, la technique n’est pas la description scientifique d’un état de chose inerte, elle est un agir sur le monde dressé dans sa consistance et sa résistance, que la science suspend pour son compte mais précisément pas la technique. D’ou le corps immanent est bien un “renvoi” ou une “transcendance” (mais indivise), voilà la différence. C’est donc une pulsion que l’on dira non-positionnelle (de) soi. Le corps agit sur le monde sans sortir de soi, sans mimer le type d’efficace du monde lui-mème, sans s’identifier à lui comme le supposent toutes les philosophies de la technique. Ce type de causalité signifie que la cause reste en elle-mème, ne s’aliène pas dans l’objet “sur” lequel elle agit : ou dans l’instrument dont elle use.”
Laruelle F 2001 “L’essence de la technique : entretien avec François Laruelle” in Nouvelles technologies, un art sans modèles ?, Art Press/H.S. n.12 : Paris p.127
5. “Les origines de la physique, comme de toute la science occidentale, remontent à la première période de la philosophie grecque, au VIe siècle avant Jésus-Christ, dans une culture ou science, philosophie et religion n’étaient pas séparées. Les sages de l’école de Milet en Ionie n’étaient pas concernés par de telles distinctions. Leur recherche visait à découvrir la nature essentielle de la constitution réelle des choses, qu’ils nommaient Physis. Le terme de physique est un dérivé de ce mot grec et signifie donc, originellement, tentative de voir la nature essentielle de toute chose.”...“Si la conception organique et moniste des milésiens était très proche de celle de l’ancienne philosophie chinoise et indienne, les parallèles avec la pensée orientale sont encore plus marqués dans la philosophie de Héraclite d’Éphèse. Héraclite croyait en un monde perpétuel en changement, d’éternel devenir” ... “Héraclite pensait que tous les changements dans l’univers provenaient de l’interaction dynamique et cyclique de contraires, dont il soulignait l’unité. Cette unité, qui contient et transcende toutes les formes opposées, est nommée par lui logos.”...“La rupture de cette unité commence avec l’école des Éléates, qui admet un principe divin dominant des dieux et des hommes. D’abord identifié à l’unité de l’univers, ce principe fut ultérieurement conçu comme un dieu intelligent et personnel qui transcende et dirige l’univers. Ainsi commença un courant de pensée qui conduisit, en fin de compte, à la séparation de l’esprit et de la matière et au dualisme qui caractérise désormais la philosophie occidentale.”
Capra F 1985 Le tao de la physique Edition Sand : Paris Pp. 20-21
6. On peut retrouver la méthode de ces enseignements dans le livre Shambhala, écrit par Choygam Tranga Rinpocha
7. Capra F 1985 Le tao de la physique Edition Sand : Paris p. 24
8. Bataille développe ces idées lorsqu’il écrit son essai sur l’érotisme pendant la période fortement politisée de l’entre-guerre. Il fait alors partie intégrante du milieu intellectuel européen (et plus spécifiquement français) et est fortement influencé par Sade, qu’il considère comme l’Auteur révolutionnaire. C’est dans ce climat politique que Bataille réfléchit et dénonce le national-socialisme. Il créé alors en 1937 le Collège de Sociologie avec Leiris et Caillois, en vue d’étudier les formes du sacré dans les sociétés.
“Le sacré est justement la continuité de l’ètre révélée à ceux qui fixent leur attention dans un rite solennel, sur la mort, d’un ètre discontinu. Il y a, du fait de la mort violente, rupture de la discontinuité d’un ètre : ce qui subsiste et que, dans le silence qui tombe, éprouvent des esprits anxieux est la continuité de l’ètre, à laquelle est rendue la victime.”... “Mais nous ne pouvions d’ailleurs nous représenter ce qui apparaìt au plus secret de l’ètre des assistants si nous ne pouvions nous référer aux expériences religieuses que nous avons faites personnellement, f�t-ce dans notre enfance.”... “ Tout nous porte à croire qu’essentiellement le sacré des sacrifices primitifs est l’analogue du divin des religions actuelles.
Bataille G 1957 l’Érotisme Éditions de Minuit, Collection 10-18 : France p. 27
9. Bataille G 1957 l’Érotisme Éditions de Minuit, Collection 10-18 : France p. 36
10. Marbeck G 1999 Orgies Éditions Ipso facto Publishers : New-York p. 163
11. Bataille G 1957 l’Érotisme Éditions de Minuit, Collection 10-18 : France p. 36
12. “Il va de soi que le développement de l’érotisme n’est en rien extérieur au domaine de la religion, mais justement le christianisme s’opposant à l’érotisme a condamné la plupart des religions. En un sens, la religion chrétienne est peut-ètre la moins religieuse.”
Bataille G 1957 l’Érotisme Éditions de Minuit, Collection 10-18 : France p. 37
13. “La naissance de la science moderne fut précédée et accompagnée par un développemenet de la pensée philosophique qui conduisit à une formulation extrème du dualisme esprit/matière. Cette formulation apparaìt au XVIIe siècle dans la philosophie de Descartes qui fondait sa conception de la nature sur la dualité radicale de deux réalités distinctes et autonomes : celle de l’esprit (res cogitans) et celle de la matière (es extensa). Le dualisme cartésien autorisait les scientifiques à considérer la matière comme inerte et complètement séaprée d’eux, et à voir le monde matériel comme une multitude d’objets assemblés en une énorme machine. Une telle vue mécaniste du monde était soutenue par Isaac Newton qui constuisit sa mécanique sur ces bases et en fit le fondement de la physique classique. De la seconde partie du XVIIe siècle à la fin du XIXe, le modèle newtonien, mécaniste, de l’univers domina toute la pensée scientifique. Ce modèle s’acoompagnait de la représentation d’un dieu souverain dirigeant le monde d’en haut en lui imposant sa loi divine. Les lois fondamentales de la nature recherchées par les scientifiques étaient dès lors considérées comme les lois de Dieu, invariables et éternelles, auxquelles le monde était assujetti.”... “La Philosophie de Descartes ne joua pas seulement un ròle important dans le développement de la physique classique, elle eut aussi une influence énorme sur la mentalité occidentale jusqu’à nos jours. La fameux adage cartésien cogito ergo sum, “je pense donc je suis”, a conduit l’homme occidental à s’identifier à sa conscience, au lieu de considérer l’ensemble de son organisme. Une conséquence du dualisme cartésien est que la plupart des individus se perçoivent comme des sujets isolés existant “à l’intérieur” de leur corps. “
Capra F 1985 Le tao de la physique Edition Sand : Paris pp. 22-23
14. Weissberg J-L 1988 Paysages Virtuels ; image video, image de synthèse Éditions Dis Voir. Série Prise de vue. Collection dirigée par Danièle Rivière: France Pp. 22
15. Pour Weissberg, “D.G. Laporte montre bien, en décrivant l’espace préperspectivitste de la peinture du Moyen Àge, qu’un point de vue est aussi un point de temps. Nulle vraisemblance visuelle n’organisait la représentation de l’espace; rien n’interdisait que les corps puissent excéder leurs limites, le temps virtuellement installé dans l’intervalle des objets, les distances elles-mèmes, n’étaient pas représentées dans l’espace visuel dessinant l’appréhension du monde. Ne pouvant occuper deux places en mème temps, les corps sont situés temporellement. Appréhender par le regard l’organisation perspectiviste, c’est faire sienne une description temporelle : l’un derrière l’autre, c’est l’un après l’autre. On le sait bien, l’espace perspectiviste image un temps homogène, continu et représente la durée comme un écoulement linéaire et uniforme d’un fluide. Cette persception de la durée va subur de sérieuses distorsions en Occident avec l’avènement des temps technologiques.” Note 18
Weissberg J-L 1988 Paysages Virtuels ; image video, image de synthèse Éditions Dis Voir. Série Prise de vue. Collection dirigée par Danièle Rivière: France Pp. 21
16. “Tel apparaìt le sacré. Il émane du monde obscur du sexe et de la mort, mais il est le principe essentiel de la vie et la source de toute efficacité, force prompte à se décharger et difficilement isolable, toujours égale à elle-mème, dangereuse et indispensable à la fois. Les rites, servent à la capter, à la domestiquer, à l’engager dans les voies bienfaisantes, à neutraliser au besoin son acidité excessives. La religion n’est à ce stade que la régulation de cette électricité toute-puissante et invisible qui commande le respect de l’homme et qui invite en mème temps celui-ci à s’emparer d’elle.”
Caillois R 1950 L’homme et le sacré Édition Gallimard, Collection idées : France p. 197
17. “ La connaissance de l’érotisme, ou de la religion, demande une expérience personnelle, égale et contradictoire, de l’interdit et de la transgression.” Bataille G 1957 l’Érotisme Éditions de Minuit, Collection 10-18 : France p. 40 “La transgression diffère du “retour à la nature” : elle lève l’interdit sans le supprimer.” Idem. p.41 “ Mais nous éprouvons, au moment de la transgression, l’angoisse sans laquelle l’interdit ne serait pas c’est l’expérience du péché. L’expérience mène à la transgression achevée, à la transgression réussie, qui, maintenant l’interdit, le maintient pour en jouir. L’expérience intérieure de l’érotisme demande de celui qui la fit une sensibilité non moins grande à l’angoisse fondant l’interdit, qu’au désir menant de l’enfreindre. C’est la sensibilité religieuse, qui lie toujours étroitement le désir et l’effroi, le plaisir intense et l’angoisse.”
idem.p. 43
“ La transgression organisée forme avec l’interdit un ensemble qui définit la vie sociale.”idem. p.72
“L’interdit et la transgression répondent à ces deux mouvements contradictoires : l’interdit rejette mais la fascination introduit la transgression. L’interdit, le tabou ne s’opposant au divin qu’en un sens, mais le divin est l’aspect fascinant de l’interdit : c’est l’interdit transfiguré.”... “La mythologie compose – parfois elle enchevètre – ces thèmes à partir de ces données.” idem. p.75-76
Listes d’images
Image 1 : Yacov Shariv with his cyber suit at Future Physical, 2002.
Image 2 : Marcel Li Antunez, Epizoo, 2003.
Image 3 : Stellarc, Exoskeleton, 1998.
Image 4 : Carol Brown, The changing room, 2004.
Image 5 : Antony Gormley, Quantum Cloud XX (tornado), 2000
stainless steel bar (233 × 148,9 × 120 cm.)
Image 6 : Unknown author, Nkondi nail dog figure, Kongo. 19th century. Metal, wood, pigments.
Image 7 : Peter Paul Rubens, Venus feast (detail), 1637. Oil on canvas, Vienna Kunsthistorisches Museum.
Image 8 : Sandro Botticelli, Primavera (detail). 1477-78. Tempera on wood, Galleria degli Uffizi, Florence
Image 9 : Unknown author, The three muses, detail from a Pompeii fresco copy. 1st Century. National Archeological Museum, Naples.
Image 10 : Unknown author, Paradise now, sculpture from the Khajur�do Temple in India.
Video 1 : Isabelle Choinière, extract from a choreographic study inspired by the painting of The Three Graces, 2005.
Images 11 : 11-1 : Pablo Picasso, Suzanne et les vieillards. 24 aoùt 1955, huile sur toile.
11-2 : Pablo Picasso, La Maison Tellier, Filles entre elles, Degas sidéré.
9 avril 1971, copper etching.
11-3 : Pablo Picasso, Raphael et la Fornarina III : avec le pape en voyeur caché. August, 31 1968, copper etching.
Video 2 : Isabelle Choinière, extract from a choreographic study inspired by Picasso’s paintings, 2004.
Biographie
Isabelle Choinière : Chorégraphe, performeuse, analyste et conseillère artistique, elle explore les limites physiques et psychiques du corps naturel et synthétique par la voie d’une réflexion empruntant de l’art vivant et du texte critique. De formation classique, elle s’est initiée aux concepts de “nouvelle danse” avec Deborah Hay. Après des études collégiales en sciences, elle a obtenu, en 1989, son baccalauréat en chorégraphie de l’Université Concordia. C’est en poursuivant sa formation auprès d’artistes tels que Valerie Dean (fondations du mouvement de Bartenieff), Marie Chouinard, Lea Schaetzel, Natsu Nakajima (Japon) et Putu Lastini (Bali) qu’elle a intégré les différentes techniques gestuelles et vocales (méthode Roy Hart) qui contribuent à l’originalité de ses créations multidisciplinaires axées sur le questionnement du corps et la transgression des langages.
Par le croisement des disciplines et la remise en question des écritures qui leurs sont propres, sa démarche artistique favorise l’avènement de nouveaux langages; langages à la fois poétiques et sensuels. Sa démarche chorégraphique actuelle va puiser dans une multitude de sources gestuelles et intègre avec une réflexion sur le temps et l’espace d’où émerge une conception élargie du corps.
À la fois artiste et directrice générale de la compagnie qu’elle a fondé en 1994, elle a amené Le Corps Indice et ses premières créations, Communion et La démence des anges, à une belle visibilité internationale. Depuis les dernières années, Isabelle Choinière a présenté son travail dans plus de 11 pays : France, Danemark, Allemagne, Espagne, Brésil, Mexique et les États-Unis. Elle a également été invitée en tant que conférencière à de nombreux festivals internationaux de danse et d’art électronique. “http://www.corpsindice.com”: http://www.corpsindice.com
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